Rapport annuel 2020 de la Cour de justice de l’Union européenne

Paru dans le N°318 - 27 mai 2021
Juridictions

La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a publié son rapport annuel pour 2020 accompagné d’un panorama de l’année(1 et 2).

Au 31 décembre 2020, la Cour de justice compte 27 juges, 11 avocats généraux et un greffier, le Tribunal 49 juges et un greffier, auxquels s’ajoutent 2 235 fonctionnaires et agents constituant le personnel de l’institution. Son budget annuel 2020 s’est établi à 437 millions d’euros.

En raison du Brexit fin janvier 2020, la Cour et le Tribunal ont vu le départ en février de leurs juges anglais conduisant de facto à la diminution du nombre total de leurs juges et au remplacement(3), en septembre, de l’avocat général anglais par un avocat général grec.

En outre, afin de pourvoir au siège permanent d’avocat général de la France laissé vacant à la suite du décès de l’avocat général Yves Bot, Jean-Richard de la Tour a été nommé à cette fonction en mars 2020.

Alors que l’année 2020 aura été marquée par une pandémie sans précédent, la CJUE a néanmoins continué son activité en organisant notamment entre le 26 mars et le 25 mai, période de confinement au Luxembourg, des audiences uniques pour la Cour et le Tribunal pour le prononcé de leurs arrêts et des conclusions des avocats généraux et, après cette période, des vidéoaudiences (40 devant la Cour et 37 devant le Tribunal).

Du point de vue des statistiques judiciaires, reprenant celles publiées en mars dernier(4), le rapport apporte notamment des précisions concernant tant la nature des procédures des affaires closes et pendantes devant la Cour, les durées de procédures et les principales matières traitées devant les deux juridictions.

Ainsi, si la durée moyenne des procédures devant la Cour de justice s’établit à 15,4 mois, constituant un « plus bas historique » comme l’avait souligné en mars la CJUE, au regard des chiffres de 2019, le rapport fait état d’un allongement, lié essentiellement à la crise sanitaire, des délais en matière de renvoi préjudiciel, de pourvois contre les décisions du Tribunal et de recours directs passant respectivement de 15,5 à 15,8 mois, de 11,1 à 13,8 mois et de 19,1 à 19,2 mois.

Concernant le Tribunal, la durée moyenne des procédures devant lui s’établit également à 15,4 mois. Toutefois, le rapport révèle une disparité des durées de procédure selon certaines matières. Ainsi, alors que la durée des procédures en matière d’aides d’Etat et de concurrence s’établissent respectivement à 25,2 et 30,2 mois, elle s’établit à 12,5 mois en matière de propriété intellectuelle. Les affaires en matière de concurrence ont ainsi vu notamment leur délai moyen de jugement augmenter de 3,2 mois par rapport à 2019.

Parmi les matières traitées devant les deux juridictions qu’il s’agisse des affaires introduites, closes ou pendantes, celles de propriété intellectuelle et industrielle demeurent en nombre les plus importantes avec notamment au Tribunal des entrées (282), sorties (237) et un stock (319) quasi équivalent. En revanche, s’agissant des affaires en matière d’aides d’Etat et de concurrence traitées par cette juridiction, il ressort du rapport annuel une augmentation constante de leur stock depuis 2018 à hauteur respectivement de 292(+73) et 78 affaires(+10) alors même qu’en 2020, 28 et 13 affaires ont été closes dans ces matières et 42 et 27 ont été introduites.

Concernant la Cour de justice, le rapport précise que sur les 792 affaires introduites en 2020 devant elle en particulier 534 l’ont été dans le cadre d’un renvoi préjudiciel dont 21 par la France, 204 dans celui d’un pourvoi contre une décision du Tribunal et 37 dans le cadre d’un recours direct. Par ailleurs, sur les 1045 affaires pendantes devant cette juridiction, 771 sont des renvois préjudiciels, 197 des pourvois et 69 des recours directs.

En terme de jurisprudence, comme à son habitude, le rapport annuel de la CJUE réalise un panorama riche et détaillé de nombreuses affaires dont certaines ont notamment concerné directement la France ou ont une importance toute particulière pour l’activité des ministères.

Ainsi, par exemple, dans le cadre de procédures infractionnelles en matière de transposition des directives européennes, la Cour de Justice a précisé sa jurisprudence en interprétation de l’article 260, paragraphe 3, du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE)(5) et a statué sur une demande de condamnation au paiement d’une somme forfaitaire d’un Etat membre ayant transposé une directive avec deux années de retard(6, 7 et 8).

Par ailleurs, dans le cadre du budget de l’Union européenne, la Cour de justice s’est prononcée notamment sur les conditions d’accès des États membres à une protection juridictionnelle effective en cas de litige portant sur l’étendue de leur responsabilité financière à l’égard du droit de l’Union en matière de ressources propres de cette dernière(9).

En outre, en matière d’information fiscale, la Cour de justice a considéré que le droit de l’Union européenne s’oppose à ce qu’une législation nationale mettant en œuvre la procédure d’échange d’informations sur demande instituée par la directive 2011/16(10) empêche la personne détentrice d’informations de former un recours contre une décision par laquelle l’autorité compétente de cet État membre oblige cette personne à lui fournir ces informations, en vue de donner suite à une demande d’échange d’informations émanant de l’autorité compétente d’un autre État membre. En revanche, elle a considéré que le droit de l’Union ne s’oppose pas à ce qu’une telle législation empêche le contribuable visé par l’enquête à l’origine de cette demande d’informations, ainsi que des tiers concernés par les informations en cause, de former un recours contre ladite décision(11).

En matière de protection des données personnelles, par une décision dite « Schrems II », la Cour de justice a précisé le cadre juridique applicable aux transferts de données personnelles vers les pays tiers de l’Union européenne(12 et 13).

Enfin, la Cour de justice a confirmé que sauf dans des situations dans lesquelles un État membre fait face à une menace grave pour la sécurité nationale qui s’avère réelle et actuelle ou prévisible et pour une durée temporellement limitée au strict nécessaire, mais renouvelable en cas de persistance de la menace, le droit de l’Union s’oppose à une réglementation nationale imposant à un fournisseur de services de communications électroniques, à des fins de lutte contre les infractions en général ou de sauvegarde de la sécurité nationale, la transmission ou la conservation généralisée et indifférenciée de données relatives au trafic et à la localisation(14 et 15).

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