Note du Conseil d'analyse économique évaluant les conséquences économiques d’une guerre commerciale qui résulterait d'une éventuelle escalade du protectionnisme dans le monde

Placé auprès du Premier ministre, le Conseil d’analyse économique (CAE) a pour mission d’« éclairer, par la confrontation des points de vue et des analyses, les choix du gouvernement en matière économique ». Composé d’économistes universitaires et de chercheurs reconnus, il réalise en toute indépendance ses travaux qu’il rend publics.

Le CAE a publié, le 3 juillet 2018, une note(1) qui analyse les conséquences économiques d’une guerre commerciale généralisée qui résulterait notamment des menaces protectionnistes américaines.

Cette note estime qu’une guerre commerciale mondiale ne peut plus être exclue et aurait pour effet une baisse permanente d’environ 3,3 % de PIB, soit plus de 1 125 euros par an par habitant en France. Les effets négatifs sur les petits pays seraient encore plus élevés.

Les trois auteurs, Sébastien Jean, Philippe Martin et André Sapir, en concluent que la stratégie européenne doit être d’abord de défendre le multilatéralisme qui passe par des mesures de rétorsion fermes et proportionnées aux attaques actuelles mais aussi par une offre de négociation sur les sujets légitimes tels que les déséquilibres macroéconomiques, ou encore la réciprocité des engagements en particulier vis-à-vis de la Chine.

À défaut de pouvoir dénouer le blocage américain de l’OMC, la note recommande notamment à l’Europe de fédérer un club de pays afin d’identifier et mettre en œuvre des stratégies de contournement.

Les auteurs recommandent par ailleurs de poursuivre une politique ambitieuse d’accords commerciaux au niveau européen, notamment en raison du rôle de « police d’assurance » qu’ils procurent dans le contexte actuel d’incertitude et d’affaiblissement du multilatéralisme. Les gains économiques de ces accords commerciaux sont particulièrement élevés pour les petits pays. Ils insistent aussi sur le fait que ces accords doivent dépasser les seuls enjeux économiques et retrouver la dimension politique de l’intégration commerciale.

Les nouveaux accords doivent exploiter les complémentarités entre la politique commerciale et d’autres champs de l’intervention des politiques publiques pour répondre à deux des principales inquiétudes sur la mondialisation : la protection de l’environnement avec la question du changement climatique et les problèmes liés à l’évasion et l’optimisation fiscales.

La note recommande ainsi de faire de la ratification et de la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat une condition préalable à la signature d’un accord commercial avec un partenaire ou encore de conditionner la pleine application des préférences commerciales au respect des engagements climatiques, selon des modalités explicites.
 
Notes
puce note (1)Note du conseil d’analyse économique : Avis de tempête sur le commerce international : quelle stratégie pour l’Europe ?
 
 
Informations légales | Données personnelles