Capacité économique et financière des candidats

En 2013, l’association slovaque de football a lancé un appel d’offres en vue de la passation d’un marché public portant sur des travaux de reconstruction, de modernisation et de construction concernant seize stades de football pour un montant de plus de 25 millions d’euros.
S’agissant des exigences en matière de capacité économique et financière, l’avis de marché exigeait des participants à l’appel d’offres qu’ils produisent une déclaration d’une banque selon laquelle il leur serait consenti un prêt d’une valeur minimale de 3 000 000 euros, somme dont ils devraient disposer sur toute la durée d’exécution du marché public. Cette attestation devait se présenter sous la forme d’un contrat de prêt ou d’un contrat d’ouverture de crédit et avoir été émise par une personne habilitée à engager l’établissement bancaire sollicité.
Pour justifier qu’il remplissait les exigences visées au point précédent, l’un des candidats avait présenté une attestation émanant d’un établissement bancaire qui contenait des informations relatives à l’ouverture d’un crédit en compte courant à concurrence d’un montant supérieur à 5 000 000 euros et une attestation sur l’honneur certifiant que, dans l’hypothèse où son offre serait sélectionnée, son compte courant serait crédité d’une somme de 3 000 000 euros au minimum à la date de la conclusion du contrat d’ouvrage et pendant toute la durée d’exécution du marché public.
Estimant que ce candidat n’avait notamment pas satisfait aux exigences en matière de capacités économique et financière visées à l’article 27, paragraphe 1, sous a), de la loi n° 25/2006, le pouvoir adjudicateur a décidé de l’exclure du marché.

Saisi sur renvoi préjudiciel(1) du bien-fondé d’une telle exclusion au regard des règles posées par l’article 47 de la directive 2004/18/CE(2), la CJUE relève tout d’abord que celui-ci « ne s’oppose pas à ce qu’un pouvoir adjudicateur exclut un soumissionnaire d’un marché public, au motif que ce dernier ne remplit pas la condition relative à la capacité économique et financière fixée par l’avis de marché, relative à la présentation d’une attestation émanant d’un établissement bancaire aux termes de laquelle ce dernier s’engage à consentir un prêt à hauteur du montant fixé dans cet avis de marché et à garantir à ce soumissionnaire la disponibilité de ce montant pendant toute la durée de l’exécution du marché. »
La Cour renvoie néanmoins à la juridiction de renvoi le soin de vérifier que le montant exigé dans l’avis de marché était bien en l’espèce proportionné à l’objet du marché.

Dans un second temps, la CJUE considère que lorsqu’un avis de marché exige la production d’une telle attestation, « la circonstance que les établissements bancaires sollicités par le soumissionnaire ne s’estiment pas en mesure de lui délivrer une attestation dans les termes ainsi précisés peut constituer une « raison justifiée », au sens de l’article 47 de la directive, autorisant, le cas échéant, ledit soumissionnaire à prouver sa capacité économique et financière par tout autre document considéré comme approprié par le pouvoir adjudicateur, pour autant que ce soumissionnaire était dans l’impossibilité objective de produire les références demandées par le pouvoir adjudicateur, ce qu’il appartient à la juridiction de renvoi de vérifier. » Les dispositions de la directive 2014/24/UE étant sur ce point identique à celles de la directive 2004/18/CE, les principes d’interprétation énoncés par cet arrêt sont transposables à la nouvelle réglementation européenne des marchés publics(2).
 
Notes
puce note (1) CJUE, 13/07/2017, Ingsteel spol, C-76/16
puce note (2) Voir pour comparaison Article 47 de la directive 2004/18/CE du 31 mars 2004 relative à la coordination des procédures de passation des marchés publics de travaux, de fournitures et de services
puce note (2) ET article 60 de la directive 2014/24/UE
 
 
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