L’emploi dans les start-up françaises

La France est un des premiers pays occidentaux dans le domaine de la "tech", secteurs de l’économie dont l’innovation repose sur l’utilisation de technologies, qu’elles soient numériques, incrémentales ou de rupture(1).

Si les start-up ont été, un temps, désignées comme étant de jeunes entreprises en croissance rapide, elles regroupent aujourd’hui des entreprises nouvelles avec un haut potentiel de croissance de leur chiffre d’affaires qui se caractérisent par un projet innovant ou qui font appel à des levées de fonds comme mode de financement.

Il n’en existe pas de définition juridique mais ce concept englobe :
• les jeunes entreprises, de moins de 8 ans (en référence à l’âge maximal réglementaire des jeunes entreprises innovantes);
‘’les gazelles’’, entreprises de moins de 8 ans ayant connu un taux de croissance annuel de leur chiffre d’affaires strictement supérieur à 20% entre 2015 et 2018 ;
• les entreprises pour lesquelles la levée de fonds a été le mode principal de financement, entreprises de moins de 8 ans dont le capital social est inférieur à 100 000 euros en 2015 et supérieur à 200 000 euros en 2018 ;
• les entreprises innovantes, entreprises de moins de 8 ans en 2018 ayant reçu une aide à l’innovation ou à la recherche et développement au moins une fois depuis leur création.

Indépendamment du soutien des pouvoirs publics à ces entreprises innovantes, notamment par le biais des aides à l’innovation, les réductions fiscales et sociales ou autres plans de soutien tels que le programme French Tech Next 40/120(2), les start-up françaises font face à une difficulté de taille pour recruter leurs salariés, alors qu’il s’agit là d’un enjeu majeur si la France veut rester dans la compétitivité mondiale.

A partir des travaux menés par un groupe du travail ad hoc du Réseau Emplois et Compétences et des résultats d’une enquête en ligne réalisée auprès de 180 start-up(3), il est désormais possible, pour la Direction générale des entreprises et France Stratégie d’identifier, au moins pour partie, les freins au recrutement au sein des start-up françaises.

L’un des premiers est le besoin des start-up de recruter des profils polyvalents. La polyvalence des premiers salariés est d’autant plus importante pour les start-up en phase d’amorçage. Ces salariés peuvent de fait être amenés à réaliser un large spectre de missions, parfois éloignées de leur champ de compétences initial. Ce type de profil est, de fait, particulièrement difficile à trouver.

Les spécificités des start-up peuvent aussi constituer un frein à l’embauche. Une start-up évoluant dans un secteur très spécialisé ou très innovant aura ainsi beaucoup plus de difficultés à trouver des profils en adéquation avec l’activité ou jouissant du niveau de technicité recherché.

Une gestion des ressources humaines insuffisamment adaptée au cadre d’une start up est aussi identifiée comme un frein au recrutement. En effet, le manque d’expertise en matière de RH et le manque de moyens financiers et humains représentent des obstacles majeurs pour ces structures. Selon le rapport, ce constat découlerait ‘’des pratiques plus intuitives et moins formalisées, n’assurant pas toujours une réponse adéquate aux besoins pérennes de l’entreprise : recours massif aux relations interpersonnelles pour le sourcing des candidats, recrutement fréquent de stagiaires, externalisation de certaines missions auprès de travailleurs indépendants.’’

De plus, une politique de développement des compétences peu élaborée voire inexistante ou une politique de gestion des carrières peu réfléchie constitueraient d’autres freins à l’embauche dans les start-up.

Afin de favoriser les recrutements au sein des start-up, qui représentent un fort potentiel d’emplois avec 1,5 millions d’emplois pour les jeunes entreprises et 114.000 emplois pour les entreprises innovantes, le Réseau Emplois Compétences a identifié des actions à mener aussi bien par les structures elles-mêmes que par les pouvoirs publics.

Pour élargir le vivier de recrutement et répondre à la pénurie de candidats, les start-up pourraient identifier les cursus et les filières de formation initiale dont les acquis d’apprentissage se rapprochent des attentes de l’entreprise et collaborer avec ces institutions afin de faciliter le sourcing et les recrutements, en particulier des profils juniors.

Elles pourraient aussi diversifier les profils recrutés dans l’optique d’éloigner le risque d’entre-soi, élargir le vivier de candidats ou encore améliorer la lisibilité des offres d’emploi et des compétences attendues, en s’appuyant sur des référentiels partagés pour mieux objectiver les attentes de l’entreprise dans les fiches de poste.

Le rapport du Réseau Compétences Emplois préconise une meilleure coopération entre les start-up et les établissements de formation : i) fluidifier leurs relations en organisant conjointement des événements collectifs, par exemple un salon de l’étudiant des start-up pour familiariser les lycéens et étudiants à l’écosystème des start-up, ii) proposer des voies plus faciles pour intégrer une jeune entreprise innovante en sortie d’études ou encore en valorisant l’apprentissage comme une réelle politique à l’université et en grande école et iii) favoriser les parcours en start-up, y compris pour les profils ‘’non tech’’.

De plus, il conviendrait de renforcer la fonction RH dès la création de la start-up en l’intégrant dans la formation des dirigeants de start-up et en sensibilisant les responsables des ressources humaines aux enjeux de gestion des compétences (recrutement, valorisation, développement des compétences, gestion des carrières, etc).

La dynamisation de l’emploi dans les start-up françaises passe aussi par des actions relevant des pouvoirs publics. En effet, ces dernières années, l’accent avait été mis sur le soutien financier des start-up (comme le programme French Tech Next 40/120), sans doute au détriment d’autres leviers d’action. Le rapport insiste pour que le vivier d’emplois des start-up françaises, qu’il estime incontestable, soit soutenu et accompagné par des leviers innovants.

Un des leviers de l’action publique pourrait ainsi consister en l’amélioration de la coordination et la visibilité des dispositifs d’appui RH existants :

• créer davantage de passerelles entre l’accompagnement public et privé des start-up, par exemple en mettant en place un comité rassemblant un représentant de la Mission French Tech et des structures d’accompagnement privées pour que leurs actions gagnent en cohérence ;

• créer un guichet piloté conjointement par le ministère du Travail et la Mission French Tech pour orienter les dirigeants et RH des start-up en centrale mais aussi en régions via les French Tech Central.
 
Notes
puce note 1) Article du 4 octobre 2021 de la Direction générale du Trésor, Levées de fonds et licornes : où en est la France ?
puce note 2) Le programme French Tech Next 40/120 offre un accompagnement conçu pour les scale-ups françaises en capacité de devenir des leaders technologiques de rang mondial. 120 startups françaises sont sélectionnées chaque année pour faire partie du programme.
puce note 3) Rapport du Réseau Emplois Compétences sur l’emploi dans les start-up françaises
 
 
Informations légales | Données personnelles