Lutte contre les infox : le CSA publie le bilan des mesures mises en œuvre par les plateformes en ligne en 2020

Pour la seconde année consécutive, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) remet son bilan(1) sur les mesures mise en œuvre pour lutter contre la manipulation de l’information sur les plateformes en ligne. Cette publication a un objectif double, rendre compte du travail du Conseil mais également permettre aux utilisateurs de comprendre les mécanismes mis en œuvre par des services qu’ils utilisent parfois au quotidien et disposer d’ éléments complets pour être eux-mêmes acteurs de la lutte contre la manipulation de l’information.

En application du titre III de la loi n° 2018-1202 du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l'information(2), les opérateurs de plateforme en ligne sont tenus de mettre en œuvre des mesures en vue de lutter contre la diffusion de fausses informations (infox) susceptibles de troubler l'ordre public ou d'altérer la sincérité de certains scrutins.

Ces opérateurs (Dailymotion, Facebook, Google (Google Search et YouTube), LinkedIn, Microsoft (Bing et Microsoft Advertising), Snapchat, Twitter, Unify (Doctissimo) Webedia (Jeuxvideo.com), la Fondation Wikimédia (Wikipédia) et Verizon Media (Yahoo Search) sont tenus, au titre d’un devoir de coopération, de déclarer annuellement au CSA les moyens mis en œuvre contre les “infox“.

Ceux-ci peuvent prendre différentes formes.

Il peut s’agir d’un dispositif du signalement, d’ailleurs mis en œuvre par l’ensemble des opérateurs à l’exception de La Fondation Wikimédia, qui permet aux utilisateurs de signaler l’existence d’une fausse information dans un contenu.
A titre d’exemple, en 2020, 168 709 signalements pour fausse information ont été effectués sur la plateforme Twitter, 24 919 sur LinkedIn, 4 789 sur Unify et 473 sur Dailymotion. Si ces chiffres ne sont pas négligeables, le CSA déplore un accès et une visibilité très inégale de ce dispositif en fonction des plateformes.

La transparence des algorithmes constitue également un moyen de lutte contre les infox. Cependant, le CSA constate, dans certains cas, un manque de transparence à l’égard des utilisateurs sur le fonctionnement des algorithmes utilisés par ces services et sur leurs conséquences et souhaiterait disposer d’informations complémentaires au regard des problématiques éthiques que peut susciter l’utilisation de ces systèmes automatisés.

Même s’il a pu constater une amélioration en la matière, il estime qu’il peut subsister un manque de précisions sur l’exhaustivité des éléments déclarés, notamment en ce qui concerne les systèmes algorithmiques de recommandation de contenus.

Le Conseil souligne une légère amélioration des moyens mis en œuvre dans la lutte contre les communications commerciales porteuses de fausses informations, notamment dans la mise en place de bibliothèques publicitaires. Cependant, si davantage de données chiffrées pouvaient lui être communiquées, cela lui permettrait de mieux appréhender les risques en présence.

Certains opérateurs ont mis en œuvre des initiatives d’éducations aux médias et à l’information ainsi que des collaborations avec le monde de la recherche. Le CSA salue ces collaborations entre les opérateurs eux-mêmes et les encourage à intensifier leurs actions.

En outre, si l’ensemble des opérateurs marquent leur attachement à la liberté d’expression, ils envisagent désormais différemment, selon le CSA, l’articulation de cette dernière avec la lutte contre la manipulation de l’information et reconnaissent plus volontiers la nécessité d’une modération des contenus comme moyen de lutte contre l’infox.

Dans son bilan et tout comme dans le bilan dressé en 2020(3), le CSA adresse un certain nombre de préconisations telles que l’amélioration des explications sur les mesures mises en œuvre face aux risques liés à la manipulation de l’information, l’amélioration de la visibilité et de la facilité d’utilisation des dispositif de signalement, la proposition aux utilisateurs des fonctionnalités leur permettant de comprendre les effets des systèmes algorithmiques de recommandation et de modération, le développement des initiatives et partenariats tels que ceux mis en oeuvre dans le contexte de la crise sanitaire ou encore l’amélioration de l’information des utilisateurs sur les pratiques coordonnées d’influence et les risques qui en découlent, tout particulièrement en période électorale.

Le Conseil appelle les opérateurs à une plus grande transparence à son égard et à celui des utilisateurs, en particulier sur des données chiffrées exhaustives, et s’attachera à évaluer dans son prochain rapport la prise en compte des préconisations du présent bilan.
 
Notes
puce note (1) Lutte contre les infox : le CSA publie le bilan des mesures mises en œuvre par les plateformes en ligne en 2020
puce note (2) Loi n° 2018-1202 du 22 décembre 2018 relative à la lutte contre la manipulation de l'information
puce note (3) Lutte contre les infox : le CSA publie son premier bilan
 
 
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