La situation financière des PME/TPE en août 2021 au vu de leurs comptes bancaires

Le Conseil d’analyse économique (CAE) a produit une étude relative à la situation financière des PME/TPE sur une période s’étendant de la crise sanitaire (mars 2020) à l’été 2021(1).

À partir d’un échantillon de plus de 100 000 comptes bancaires d’entreprises individuelles, ont été analysées la trésorerie et la santé financière des PME/TPE françaises.

Les études précédentes sur ce thème pilotées par la Banque de France et l'INSEE s'appuyaient principalement sur des données administratives (bilans, TVA, activité partielle, report de cotisations sociales).

Ici, le CAE analyse la situation financière des entreprises (70 000 TPE, 25 000 PME et 20 000 entreprises individuelles) à partir des données anonymisées des comptes bancaires professionnels détenus au CIC. L'échantillon analysé peut toutefois, être regardé comme étant représentatif de la situation des PME/TPE en France dans la mesure où 75 à 80 % des PME/TPE sont mono-bancarisées. Pour autant, les résultats des deux approches se rejoignent.

Un nombre important d’entreprises françaises ont vu leur chiffre d’affaires chuter de manière inédite pendant la crise sanitaire même si, dans le même temps, des mécanismes de soutien ont été mis en place (chômage partiel, prêt garanti par l'Etat (PGE), report des charges sociales et fiscales, ou encore aide en faveur des entreprises (2)).

La trésorerie des entreprises a augmenté grâce au PGE. Ce dispositif, mis en place par le Gouvernement, a permis aux entreprises, partout sur le territoire et quelles que soient leur taille et leur forme juridique, de souscrire un prêt garanti par l'État auprès de leur établissement bancaire habituel. Dans ce cadre, le montant du prêt pouvait atteindre jusqu’à trois mois de chiffre d'affaires 2019 et aucun remboursement n'était exigé la première année.
Dans tous les secteurs, même ceux les plus touchés par la crise sanitaire, il est constaté que la part des entreprises rencontrant de difficultés importantes de trésorerie a fortement diminué.

L'encours net bancaire : des situations très hétérogènes. L'encours net bancaire est mesuré par la différence entre les soldes des comptes (courants et épargnes) et l'encours de l'ensemble des dettes bancaires. Cette donnée constitue un bon indicateur du risque d'insolvabilité d'une entreprise.
La situation financière des entreprises moyennes et médianes de l'échantillon s'est améliorée entre février 2020 et août 2021. Cependant, cette amélioration n'est pas homogène. L'évolution de la situation des encours nets bancaires a été moins favorable pour les PME que pour les TPE.
Ce constat est, selon l'étude du CAE, lié au fait qu'initialement les aides du fonds de solidarité étaient réservées aux TPE, avant d'être progressivement étendues à des entreprises de taille plus importante.
En outre, la situation financière des PME/TPE a évolué moins favorablement en Ile-de-France que dans les autres régions, principalement du fait de la forte diminution du tourisme étranger qui pèse sur leur activité économique.

L'incidence du PGE sur la situation financière des entreprises.
Environ 35% des PME/TPE de l'échantillon analysé ont contracté un PGE. Selon l'étude du CAE, ces entreprises étaient celles qui étaient initialement plus fragiles et ont choisi de se prémunir des effets de la crise sanitaire en contractant un PGE.
Les entreprises ont connu des situations disparates en fonction du secteur d'activité.
A titre d'exemple, l'étude révèle que les TPE du secteur S1 (Restauration, Hôtellerie, hébergement touristique, camping, remontées mécaniques, cafétérias ...) qui ont souscrit un PGE ont connu une situation moins dégradée que celles ayant une activité ne relevant pas de ce secteur. Ce constat peut notamment s'expliquer par un phénomène de surcompensation des aides allouées au secteur S1. Pour ces entreprises, la situation s'améliore très nettement dès février 2021 alors que les entreprises du secteur de la construction ont vu leur situation se stabiliser sans signe d'amélioration notable jusqu'en août 2021.

Bilan : des perdants et des gagnants dans tous les secteurs. L’hétérogénéité des situations financières est plus forte en août 2021 qu’avant la pandémie avec, dans le même temps des entreprises en situation financière difficile et des entreprises jouissant d'une situation financière solide dans presque tous les secteurs. Font exception, les secteurs de l'hébergement, de la restauration, des arts et spectacles et autres services dans lesquels le nombre d’entreprises en difficulté financière a diminué en août 2021 par rapport à novembre 2019-et février 2020.
Le secteur de la construction, et dans une moindre mesure le secteur information et communication apparaissent comme les plus fragiles avec une très forte augmentation des TPE et PME en situation financière très difficile. Le secteur de la construction qui est traditionnellement caractérisé par une part importante d’entreprises fragiles et un taux de défaillance élevé fait face à une augmentation de la part des entreprises en difficulté financière depuis la crise en comparaison par exemple d’un autre secteur (hébergement et restauration) plus directement touché par les mesures de restrictions sanitaires.

Même si cette étude n'est pas globale car elle n'analyse pas les résultats et les dettes non bancaires des entreprises, elle met en lumière les effets de l'action de l'Etat sur les PME/TPE dans un contexte de crise sanitaire et permettra sans doute d'identifier d'éventuelles poches de fragilité.
 
Notes
puce note (1) Etude du conseil d’analyse économique de la situation financière des PME/TPE en août 2021 au vu de leurs comptes bancaires
puce note (2) Lettre n° 310 du 28 janvier 2021, Entreprises
 
 
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