Rapport “Les grands défis économiques“ – Juin 2021

Constituée depuis mai 2020 à la demande du Président de la République, une commission internationale composée de 24 économistes français et étrangers réunie autour de 2 rapporteurs, le prix Nobel 2014 Jean Tirole et l’ancien chef économiste du Fonds monétaire international Olivier Blanchard, a remis le 23 juin 2021 son rapport intitulé "Les grands défis économiques"(1).

Concentrant l’objet de sa réflexion sur les trois défis que sont le changement climatique, les inégalités et le vieillissement de la population lesquels constituent des “bombes à retardements“ selon ses auteurs, le document de 510 pages analyse les politiques déjà mises en place dans ces domaines, propose de nouvelles solutions et formule diverses recommandations afin de les rendre acceptables et faciliter leur mise en œuvre.

Afin de faire face au changement climatique qui exige d’agir rapidement et à grande échelle, le rapport préconise de repenser les systèmes mis en place de tarification du carbone qui se révèlent insuffisants en l’état et de promouvoir les innovations en matière de technologies énergétiques. Le rapport recommande ainsi d’élargir le champ de cette tarification aux logements et aux transports et d’abandonner progressivement les exonérations et subventions aux combustibles fossiles. Toutefois, afin de ne pas faire supporter trop lourdement sur les ménages modestes cet élargissement du champ d’application et éviter le dumping environnemental et les délocalisations, le rapport suggère de mettre en place un système d’ajustement fiscal carbone aux frontières. Dans les secteurs qui ne se prêtent pas à une tarification du carbone, les auteurs du rapport recommandent de mettre en place des normes, des interdictions et des mesures incitatives. Afin de renforcer la transparence et la crédibilité des mesures, le rapport recommande la création d’organismes indépendants européens de financement et d’information des projets de recherche et de leur coûts, d’une commission indépendante constituée de scientifiques et économistes de haut niveau pour conseiller les choix des gouvernements en matière de norme, et d’une banque centrale indépendante du carbone, soustraite à l’influence des groupes de pression et aux logiques électorales.

Si le chapitre consacré aux inégalités souligne un décalage entre la réalité et la perception négative des Français s’agissant de leurs revenus et de leurs patrimoines, il constate que la perception est davantage pertinente s’agissant des mobilités éducative et intergénérationnelle en matière d’emploi. Ainsi, retenant que les mutations technologiques et la mondialisation continueront d’exacerber les inégalités et de diminuer les emplois moyennement qualifiés, les auteurs du rapport recommandent de renforcer l’égalité des chances en améliorant la formation professionnelle notamment en matière d’apprentissage, en rendant plus attractives les carrières de l’enseignement, en réformant l’impôt sur les successions afin de redistribuer ses recettes à destination de la petite enfance ou au financement de comptes pour les jeunes défavorisés afin de leur permettre de suivre leurs études ou formations. Par ailleurs, le rapport préconise d’améliorer la coordination des activités de Pôle emploi et de France Compétences avec les besoins des entreprises, d’inciter par de nouvelles mesures pécuniaires les entreprises à offrir des formations vers les emplois dits de qualité créés du fait d’évolutions technologiques et les travailleurs à les suivre. Enfin, le rapport suggère plusieurs pistes pour rendre plus équitable le système fiscal notamment par l’intervention de l’intelligence artificielle dans le cadre des contrôles, en améliorant l’échange de renseignements et en instaurant une taxation minimale des entreprises multinationales.

Enfin, afin de prendre en compte le vieillissement de la population dans le système des retraites pour qu’il demeure à l’équilibre, le rapport préconise une réforme structurelle afin de le rendre notamment plus unifié, plus transparent, plus redistributif et plus souple. A cet effet, le rapport suggère de remplacer l’indexation des retraites sur les prix par celle sur les salaires corrigée d’un facteur d’ajustement démographique, de créer un système par points, de permettre aux personnes “seniors“ de travailler plus longtemps en ne fixant pas d’âge maximal de départ à la retraite, de reconnaître la notion de pénibilité permettant de partir à la retraite avant l’âge minimal de départ et de prendre en compte dans le calcul des pensions les faibles revenus et les carrières incomplètes par l’attribution de points gratuits. Afin de faire face à des situations imprévues telles que des fluctuations macroéconomiques ou un renflement de la pyramide des âges, le rapport préconise la création d’un fonds indépendant de réserve qui n’aurait pas vocation à contribuer de manière pérenne au financement du système de retraite. Enfin l’immigration ayant une influence sur l’équilibre financier du système de retraite, le rapport préconise de favoriser la reconnaissance des diplômes étrangers et l’acquisition de la langue française et de nouvelles compétences pour les personnes immigrées. De même, il suggère d’accentuer la lutte contre la transmission intergénérationnelle des faibles niveaux d’éducation et réduire plus fortement les discriminations à l’endroit des personnes immigrées sur le marché du travail.
 
Notes
puce note (1) Rapport “Les grands défis économiques“ – Juin 2021 (pdf)
 
 
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