Conditions d’appel en garantie du maître d’ouvrage par le constructeur

Le groupement d’entreprises solidaires dont la société SADE est mandataire avait été désigné par l’Eurométropole de Strasbourg pour réaliser des travaux d’extension du réseau de chauffage urbain. Le 8 août 2016, ces travaux ont provoqué l’effondrement d’une artère bétonnée enterrée en sous-sol et abritant une liaison haute tension exploitée par la société Strasbourg Electricité Réseaux. Cette société a donc saisi le tribunal administratif de Strasbourg d’un référé-provision.

Le juge a condamné la société SADE à verser une provision en raison du dommage subi à la requérante. Il a également condamné l’Eurométropole à garantir la société SADE sur le montant total de cette provision. L’Eurométropole et son assureur ont formé un pourvoi contre l’arrêt de la Cour administrative d’appel de Nancy qui a aggravé le montant de la provision et maintenu l’obligation pour l’Eurométropole de garantir la provision due par la société SADE.

Dans sa décision du 27 avril 2021(1) le Conseil d’État, qui rejette le pourvoi, rappelle que les tiers victimes de dommages de travaux publics bénéficient d’un régime de responsabilité sans faute et doivent juste établir un lien de causalité entre les travaux et le dommage subi. Seule la faute de la victime ou le cas de force majeure peut exonérer le maître d’ouvrage, l’architecte ou l’entrepreneur de sa responsabilité. Il appartient à ces derniers de démontrer de manière suffisamment certaine que le tiers a commis une faute d’une telle gravité qu’elle serait la cause exclusive des dommages pour que leur responsabilité puisse être complètement écartée.

Sur l’imputation de la responsabilité au maître d’ouvrage ou à ses prestataires, le Conseil d’Etat précise les conditions dans lesquelles le constructeur peut demander à être garanti en totalité par le maître d’ouvrage pour la réparation du préjudice subi par la victime.

Le contrat ne doit pas comporter de clause contraire à la mise en cause de cette responsabilité du maître d’ouvrage. Le fait que le décompte général définitif ne fasse mention d’aucune réserve, même non chiffrée, formulée par le constructeur et portant sur ce litige n’y fait pas obstacle. La réception des travaux à l’origine des dommages doit avoir été prononcée sans réserve, et ne pas avoir été obtenue par le constructeur à la suite de manœuvres frauduleuses ou dolosives. Le constructeur ne doit pas pouvoir être poursuivi au titre de la garantie achèvement ou de la garantie décennale.
 
Notes
puce note (1) CE, 27 avril 2021, Eurométropole de Strasbourg contre Société Strasbourg Électricité Réseaux, n° 436820
 
 
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