Publication d’un avis du CESE sur les " Filières stratégiques : définir et mettre en œuvre les priorités "

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a adopté, le 13 janvier 2021, son avis " Filières stratégiques : définir et mettre en oeuvre les priorités" (1). Il étudie la manière de définir des critères permettant de qualifier une filière de "stratégique" et leur mise en œuvre.

La place du secteur de l’industrie dans l’économie française n’a cessé de décroître durant les cinquante dernières années, passant de 23,4 % du PIB à 11,4 % (alors que par comparaison, il est toujours de 23 % en Allemagne). Cela s’explique notamment par des délocalisations de productions dans des pays à bas salaires, une politique de R&D insuffisante, un manque de culture industrielle, une perte de compétitivité et un transfert vers les services. En conséquence, le potentiel productif de la France s’est affaibli et sa dépendance industrielle aux chaînes de valeur internationales s’est accrue. La crise sanitaire actuelle a accentué ce phénomène.

Dans les années 2010, l’État a souhaité accompagner la structuration des filières industrielles, notamment grâce à des allègements de charges accordés aux entreprises, et a ainsi réaffirmé le caractère économique et stratégique de ces dernières. Sur la période 2020-2022, le plan « France Relance » mobilisera au total près de 35 milliards d’euros en faveur de l’industrie, autour de quatre axes : décarboner l’industrie ; relocaliser des activités stratégiques critiques ; moderniser l’appareil productif ; innover, en soutenant les investissements de recherche et développement mais aussi en préservant et en développant les compétences. Selon le CESE, en dépit des montants alloués, ce plan semble insuffisant pour soutenir réellement l’industrie, notamment car la reconstruction de plusieurs filières essentielles, qui permettraient d’asseoir l’indépendance de la France et de l’Europe, n’y est pas abordée.

Le CESE identifie quatre objectifs qui aideront à qualifier une filière de stratégique :

1) renforcer la souveraineté économique ;
2) avoir des filières répondant aux besoins économiques, sociaux sanitaires et aux impératifs environnementaux ;
3) mettre les filières industrielles dans une cohérence d’ensemble pour mieux identifier les technologies transverses et assurer leur montée en gamme ;
4) retrouver l’esprit industriel en renforçant les capacités humaines, avec plus de formations, de qualifications, de compétences et d’emplois, installer une forte culture de l’industrie dans notre pays.

Pour permettre d’identifier si les filières contribuent à ces quatre objectifs et si elles sont donc bien stratégiques, des indicateurs sont proposés tels que la place du produit dans la vie du pays (importance stratégique de sa maîtrise) ; le niveau d'intégration de la chaîne de valeur ; le niveau de dépendance aux importations de biens intermédiaires et de ressources naturelles ; la modernisation de l'appareil productif (nouvelles méthodes de production décarbonées, recours au numérique…); le taux de féminisation des emplois industriels ; le niveau d'intégration des nœuds technologiques dans la chaîne de valeur ou encore le potentiel de création d'emplois.

Enfin, le CESE analyse le rôle de l’État et des différents acteurs pour définir et mettre en place une véritable stratégie de filières industrielles. L’État doit impulser une véritable vision pour les filières industrielles et construire un écosystème favorable en optimisant les leviers publics et en donnant toute leur place aux salariés, sans oublier la construction de filières industrielles européennes et internationales, au-delà des coopérations nationales.

Le CESE préconise ainsi de mettre en place un grand ministère de l'industrie, intégrant les défis sociaux, environnementaux et numériques, disposant des moyens pour établir une politique industrielle ambitieuse définie par le Commissariat au plan. Il recommande notamment une réforme de l’APE afin de renforcer ses missions de suivi et d’actions stratégiques de long terme pour la défense des intérêts stratégiques français.

En plus de l'indispensable coopération nationale entre entreprises, le CESE souhaite que le Gouvernement français agisse pour une véritable élaboration d’une politique industrielle européenne et développe des filières communes dans des domaines identifiés (réseau très haut débit, transports, efficacité énergétique, etc.).
 
Notes
puce note (1) Avis du CESE : filières stratégiques : définir et mettre en œuvre les priorités
 
 
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