Point de vue publié par France stratégie sur la mobilité sociale en France : que sait-on vraiment ?

Lorsque la position sociale des enfants est essentiellement liée à celle des parents, la place des individus dans la société est prédéterminée et dépend du niveau d'éducation, de revenu et de richesse de la famille dont ils sont issus. La mobilité « intergénérationnelle » mesure la capacité d'une société à échapper au déterminisme social Dans une société sans mobilité, les enfants des classes populaires ne peuvent accéder aux classes moyennes et les enfants des classes moyennes aux niveaux supérieurs. Les positions sociales sont en quelque sorte gelées.

Selon les travaux menés par France stratégie, il n’existe pas aujourd’hui de consensus sur la position relative de la France par rapport aux autres pays en matière de mobilité intergénérationnelle des revenus. D’une étude à l’autre, la France peut aussi bien apparaître comme un pays à niveau de mobilité « intermédiaire » (Lefranc et Trannoy, 2005), que « faible » et inférieur aux États-Unis (OCDE, 2018) ou alors « fort » et comparable à la Suède (Alesina, 2018). L’hétérogénéité des données d’un pays à l’autre et le fait que les revenus des parents ne soient pas observés directement dans les enquêtes françaises ne facilitent pas l’exercice de comparaison.

Les données mesurant pour la France l’évolution de la mobilité sur longue période, centrées sur l’inertie intergénérationnelle, n’aboutissent pas non plus à un consensus clair. Lefranc et Trannoy (2005) mettent en évidence une stabilité de l’inertie entre 1977 et 1993, aux alentours de 40 %. Lefranc (2018) relève de son côté une courbe en V entre les générations nées dans les années 1930 (forte inertie), les années 1940 à 1960 (inertie plus faible, 45 %) et les années 1970. Ces résultats sont à interpréter avec précaution, compte tenu des limitations des données sur les cohortes extrêmes. Ils reflètent l’évolution de l’inégalité des revenus plus que celle des chances relatives d’atteindre un rang donné dans la distribution des revenus.

Afin de mesurer l’inégalité des chances, il est donc nécessaire de garder à l’esprit qu’elle dépend, pour simplifier, de deux dimensions : la mobilité de position, soit la difficulté d’atteindre les différents rangs selon le rang de ses parents, et l’inégalité qui affecte le niveau de revenus associés à chaque rang.

Au terme de l’analyse, France Stratégie constate l’écart entre l’idée répandue que la France aurait un problème spécifique en termes de mobilité des revenus et les éléments mesurables empiriquement. La France ne fait pas partie du groupe des bons élèves de la mobilité sociale, il est difficile d’en faire pour autant un mauvais élève.
 
Notes
puce note (1) France stratégie - « La mobilité sociale en France : que sait-on vraiment ? »
 
 
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