édito

La France a agi vite et fort pour faire face à la crise

Bruno Le Maire
Ministre de l'Économie et des Finances
Le monde fait face à la plus grave crise sanitaire qu’il ait connu depuis plus d’un siècle. Cette crise a engendré en quelques jours une crise économique majeure.

Cette crise à la différence de la crise de 2008 affecte l’économie réelle. Du jour au lendemain les restaurants, les bars, les théâtres, les cinémas ont fermé. Au total, ce sont des dizaines de milliers de commerces, d’artisans, d’entrepreneurs, d’indépendants qui sont obligés de mettre temporairement la clé sous la porte.

Cette crise est violente. Certains petits entrepreneurs n’ont plus aucune source de revenu. Et les pertes de certaines grandes entreprises industrielles atteignent 80 à 90 % de leur chiffre d’affaires.

Cette crise, enfin, est globale. Aucun pays n’est épargné : la France a été frappée après la Chine, les Etats-Unis ont été frappés quelques jours après la France et les pays d’Afrique seront un jour frappés.

Nous avons tout de suite mesuré la brutalité de cette crise et grâce au travail exceptionnel des agents des administrations financières nous avons mis en place des dispositifs en un temps record pour y faire face. Ces dispositifs ont quatre objectifs.

Le premier objectif est de soutenir les salariés et protéger leurs compétences.

Nous avons mis en place un dispositif de chômage partiel jusqu’à 4,5 SMIC qui est le plus généreux en Europe. Il concerne déjà plus de 5 millions de salariés.

Nous avons également mis en place une prime défiscalisée et désocialisée de 1000 euros pour les salariés de toutes les entreprises et qui peut atteindre 2000 euros pour celles qui ont un accord d’intéressement.

Le deuxième objectif est de soutenir nos entreprises en préservant leur trésorerie. Nous avons accordé un report de toutes les charges sociales et fiscales pour les entreprises qui en ont besoin et en font la demande.

Nous avons mis en place une garantie de l’Etat à hauteur de 300 Mds€ pour les nouveaux prêts. 100 000 entreprises y ont déjà fait appel pour un montant total de 20 milliards. Toutes les grandes entreprises qui feront appel à ces dispositifs ne pourront pas verser de dividendes.

Le troisième objectif est de soutenir tous les indépendants, les micro-entrepreneurs et les professions libérales qui ont dû arrêter leur activité ou qui ont subi une forte baisse de leur chiffre d’affaires.

Nous avons donc mis en place avec les Régions un fonds de solidarité. Ce fonds s’adresse à toutes les TPE, artisans, commerçants, micro-entrepreneurs, professions libérales de moins de 1 million d’euros de chiffre d’affaires qui ont été fermés par décision administrative ou qui ont subi une perte de chiffre d’affaires de plus de 50% entre mars 2019 et mars 2020. 300 000 entreprises ont fait appel à ce fonds en moins de 48 heures. Il leur versera une indemnité forfaitaire jusqu’à 1500€. Une aide supplémentaire sera attribuée par les Régions et permettra d’apporter jusqu’à 2000 euros aux TPE les plus en difficulté. Ce fonds sera renouvelé pour le mois d’avril.

Le quatrième objectif consiste à soutenir les entreprises exportatrices et assurer un bon accès au financement.

Trois dispositifs ont été annoncés pour soutenir les entreprises exportatrices qui subissent l’arrêt brutal du commerce international. Le premier est une garantie de l’Etat sur l’assurance des factures et les créances de tous les pays et non seulement dans 17 pays considérés à risque comme c’était le cas avant la crise. Ensuite, la quotité garantie est augmentée de 80% à 90% : en cas d’impayé l’Etat indemnisera à hauteur de 90 % les entreprises exportatrices. Enfin, l’assurance prospection est prolongée d’un an, ce qui permettra aux entreprises de faire face au ralentissement du commerce mondial dans l’attente de sa reprise.

Un accord important a également été signé avec les assureurs crédits pour garantir le maintien du crédit interentreprise indispensable au bon financement des entreprises. Cet accord va mettre en place une réassurance via la Caisse centrale de réassurance pour une nouvelle couverture d’un montant de 10 milliards d’euros.

Le cinquième objectif, enfin, est de protéger nos entreprises stratégiques.

Nous nous tenons prêts à employer tous les moyens à notre disposition pour les protéger : grâce à des montées au capital, à des recapitalisations ou en dernier recours, à des nationalisations temporaires.

Ces cinq objectifs seront maintenus tout au long de la crise sanitaire et économique que nous vivons. Tous les dispositifs dureront le temps de l’état d’urgence sanitaire.

La reprise de notre économie sera longue, elle sera difficile et elle sera coûteuse. Nous devrons, dans les mois à venir redoubler d’efforts pour inciter les entreprises à investir de nouveau, relocaliser les filières industrielles stratégiques en France et agir de manière coordonnée avec les Etats membres de l’Union européenne pour pleinement réussir notre relance économique.

Nous mènerons ces combats avec détermination, et je sais que nous pourrons compter dans les mois à venir sur les compétences, l’engagement et le professionnalisme des agents des administrations financières.

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