Mission sur le maintien en emploi des seniors – Rapport "Favoriser l’emploi des travailleurs expérimentés"

Le rapport de la mission sur l’emploi des travailleurs expérimentés(1), remis au Gouvernement le 14 janvier 2020, propose 5 axes et 38 propositions de réformes pour favoriser l’emploi des seniors :
  • Axe 1 : mettre les enjeux du vieillissement au cœur des politiques de prévention et de santé au travail ;
  • Axe 2 : prévenir les risques d’obsolescence des compétences en seconde partie de carrière et favoriser la transmission des savoirs ;
  • Axe 3 : faciliter et organiser les mobilités et transitions professionnelles ;
  • Axe 4 : favoriser des transitions plus progressives entre pleine activité et pleine retraite ;
  • Axe 5 : accélérer la transformation culturelle des organisations pour faire évoluer les représentations.

Selon le rapport, les taux d’activité et d’emploi des seniors en France se sont fortement redressés depuis 15 à 20 ans. En 2018, en moyenne, 56 % des personnes âgées de 55 à 64 ans étaient actifs au sens du Bureau international du travail. 52,1 % étaient en emploi (contre 36,4 % en 2003) et 3,8 % étaient au chômage, soit un taux de chômage (par rapport aux actifs) de 6,9 %.

Cependant, le taux d’emploi des seniors reste faible par rapport à la moyenne de l’Union européenne (58,7 % en 2018). En outre, les statistiques de l’INSEE montrent que le taux de chômage des plus de 55 ans augmente régulièrement depuis dix ans : il est ainsi passé de 4 % en 2008 à 6,9 % en 2018, soit une augmentation de 2,9 points.

D’après les auteurs du rapport, le redressement du taux d’emploi des seniors tient pour beaucoup aux réformes récentes du système de retraite et au fort repli des dispositifs de cessation anticipée d’activité. Ils relèvent également qu’aucune solution unique ne pourra avoir raison de cette question complexe aujourd’hui fonction de trajectoires sociales et individuelles extrêmement diverses dynamique des recompositions familiales, problématiques des aidants, montée des maladies chroniques, carrières des femmes, etc.)

Le rapport préconise d’abord de mettre les enjeux du vieillissement au cœur des politiques de prévention et de santé au travail des entreprises, notamment en abaissant les seuils déclenchant l’obligation de négocier un accord de prévention de la pénibilité, en rendant obligatoires de traiter les thèmes de l’aménagement des fins de carrière et du maintien en activité des salariés exposés aux facteurs de risque dans les accords négociés.

La mission sur le maintien en emploi des seniors conseille également de prévenir davantage les risques d’obsolescence des compétences et de mettre en place un bilan de compétences des salariés expérimentés en abordant lors d’entretiens la question de la seconde partie de carrière.

Elle préconise également de former autrement en s’appuyant sur les savoirs de l’expérience en les valorisant davantage. Il est proposé de mettre l’accent sur la formation continue en augmentant les dépenses publiques consacrées aux dispositifs de reconversion et de transition (CPF de transition et Pro-A). Il est conseillé de faciliter les mobilités internes qui permettent de rester plus longtemps en emploi en simplifiant la procédure de mise à disposition temporaire de salariés au sein d’un même groupe, d’élargir le recours au Cumul Emploi-Retraite, et de favoriser des logiques d’aménagement des fins de carrière, sous la forme d’un passage à temps partiel avec maintien des cotisations sur la base d’un temps plein.

Enfin, pour accélérer la transformation culturelle des organisations, la mission recommande de valoriser l’engagement et les bonnes pratiques des entreprises, notamment en intégrant aux lignes directrices qui structurent le cadre juridique du reporting extra-financier une incitation à publier des items relatifs à l’emploi des travailleurs expérimentés. Par exemple, l’évaluation de l’impact des activités de l’entreprise par rapport à l’enjeu du vieillissement actif : l’évolution du poids des populations seniors touchées directement ou indirectement par les activités de l’entreprise.

En conclusion, le rapport propose de mettre en place une délégation interministérielle au vieillissement actif, et d’organiser d’ici fin 2020 des assises du vieillissement actif au travail permettant de concevoir à terme une stratégie nationale coordonnée.
 

L’Organisation internationale du travail publie son rapport mondial sur les tendances en matière d’emploi et de questions sociales en 2020

L’Organisation internationale du travail (OIT) a publié son rapport mondial sur les tendances 2020 en matière d’emploi et de questions sociales.(1)(2)

Dans une première partie, le rapport analyse le contexte économique mondial dans lequel s’inscrivent les tendances du marché du travail.

Il observe un ralentissement conséquent de la croissance économique qui s’établissait à 3,0 % en 2018 contre 2,3 % en 2019. La faible croissance économique dans les pays à faible revenu a pour conséquence d’entraver la réduction de la pauvreté, mais également l’amélioration des conditions de travail. En 2018, avec un PIB moyen par habitant d’environ 1 700$, le revenu quotidien par habitant était inférieur à 5$ pour ces pays, tandis que la croissance moyenne par habitant n’a été que de 1,9 % sur les dix-huit dernières années.

En outre, le ratio emploi/population diminue dans tous les groupes démographiques avec une diminution totale de 4,4 points de pourcentage en vingt-cinq ans, et la pénurie d’emplois devrait se poursuivre au cours des deux prochaines années. Le rapport souligne toutefois que l’indicateur du taux de chômage n’est pas suffisant pour concevoir l’ampleur de l’inadéquation entre l’offre de travail et la demande. En plus des 188 millions de chômeurs dans le monde en 2019, 165 millions de travailleurs seraient sous-employées et souhaiteraient travailler davantage d’heures rémunérées. À la sous-utilisation de la main d’œuvre s’ajoutent 120 millions de personnes en marge du marché du travail n’étant pas comptabilisées comme étant au chômage.

De plus, l’accès à un travail rémunéré n’est pas une garantie de conditions de travail décentes ni de revenu suffisant, en particulier pour les personnes travaillant à leur compte et les travailleurs familiaux dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Au total, 61 % de la main d’œuvre mondiale est employée de manière informelle, soit environ 2 milliards de personnes, tandis que 19 % des travailleurs vivent dans une pauvreté extrême ou modérée.

Ces tendances sont détaillées par région – Afrique, Amérique, Moyen-Orient, Asie et Pacifique, Europe et Asie centrale – dans une deuxième partie. Les pays à faible revenu ont le ratio emploi/population le plus élevé (68 %), de nombreux travailleurs vulnérables étant contraints d’accepter n’importe quel emploi. Le taux de chômage est le plus élevé en Afrique du Nord (12 %) et en Asie centrale et occidentale (9 %), tandis que les taux les plus faibles sont observés en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique (3 %) et en Amérique du Nord (4 %). De fortes disparités peuvent également être observées pour un même pays, et en particulier entre les zones rurales et urbaines.

La troisième partie du rapport évalue les inégalités sociales et sur le marché du travail en fonction du revenu du travail.

Le rapport souligne le difficile accès au marché du travail des femmes, dont le taux d’activité n’était que de 47 % en 2019 contre 74 % pour les hommes. La qualité du travail est également moindre pour les femmes, et le taux de sous-utilisation de la main d’œuvre féminine atteint 45 % alors que les femmes ne représentent que 39 % de la population active mondiale. Par ailleurs, 67 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans dans le monde – soit 22 % de ce groupe d’âge – ne sont ni en formation ni en emploi. Ils sont en outre confrontés à dégradation de l’offre d’emploi en Europe et en Asie centrale.

Enfin, la constitution d’une base de micro-données harmonisées a permis à l’OIT de révéler la diminution au niveau mondial de la part du revenu du travail qui est passée de 54 % en 2004 à 51 % en 2017. Ces données ont également révélé que l’inégalité des revenus est plus importante que ne le suggéraient les estimations précédentes.
 
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