édito

Une finance durable pour gagner la bataille du climat

Sylvie Goulard
Sous-gouverneure de la Banque de France
« Nous sommes en train de perdre la bataille ». L’alerte lancée par le Président de la République lors du One Planet Summit en décembre dernier, s’adressait en premier lieu aux États signataires de l’Accord de Paris de 2015, qui se sont engagés à agir pour limiter le réchauffement climatique en deçà de 2°C à la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle.

II concerne également les banques centrales et les superviseurs du secteur financier. Comme l’ont souligné le Gouverneur de la Banque de France ou ceux de la Banque d’Angleterre et de la Banque centrale néerlandaise, la stabilité climatique est, à long terme, l’un des déterminants de la stabilité financière. L’enjeu est double.

Il s’agit tout d’abord de mieux mesurer et maîtriser les risques associés au changement climatique : les risques physiques que les compagnies d’assurance devront par exemple affronter en cas d’inondations ou d’ouragans mais aussi les risques liés à la transition pour passer à une économie moins carbonée, sans exclure ceux inhérents à d’éventuels recours pour des dommages liés aux modes de production carbonés. Des progrès sont nécessaires pour identifier et publier les expositions du secteur financier et soumettre celui-ci à des stress tests.

Il faut également orienter les flux financiers vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre. Les investissements requis dans les infrastructures vertes de transport, d’énergie et d’eau sont estimés à 90 000 milliards de dollars d’ici à 2030. Les besoins sont si importants que le financement public ne suffira pas. Relever le défi du financement de la transition climatique nécessite de garantir l’intégrité des instruments financiers verts à la disposition des investisseurs, des prêteurs et des emprunteurs privés, qu’il s’agisse d’obligations, de prêts ou de véhicules de titrisation verts. A cette fin, le plan d’action de la Commission européenne sur la finance soutenable, présenté le 8 mars dernier, propose de s’atteler à une classification (taxonomie) des secteurs.

Pour y parvenir, une étroite coordination internationale s’impose. Aussi la Banque de France a-t-elle pris l’initiative de créer un Réseau de Banques Centrales et de Superviseurs pour le verdissement du système financier dont elle assure le secrétariat(1). À ce jour, il réunit neuf banques centrales et superviseurs(2) mais a vocation à s’élargir pour que la finance apporte pleinement sa contribution à la bataille du climat.

Notes
puce note (1) Network for Greening the Financial System
puce note (2) Les juridictions représentées sont l’Allemagne, la Chine, la France, le Mexique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, Singapour et la Suède.
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