édito

Transformer l’ENA

PG
Patrick Gérard
Directeur de l'Ecole nationale d'administration
Il faut relire L’Étrange défaite. Marc Bloch y dénonçait les errements et les lacunes de l’administration française entre les deux guerres : ni service statistique ni service de prévision, un recrutement souvent népotique dans les différents corps de l’Etat.

« Refondant la machine administration française », l’ordonnance du 9 octobre 1945 a créé l’Ecole nationale d’administration. Elle a surtout posé un principe simple : les hauts fonctionnaires doivent être soigneusement recrutés et sérieusement formés. Ce principe reste toujours valable aujourd’hui. Naturellement ses modalités de mise en œuvre doivent être adaptées à un Etat engagé dans la transition écologique et la transition numérique.

Trois orientations sont d’ores et déjà prises par l’ENA.

La première concerne le recrutement. L’effort de diversification du recrutement par le concours externe doit être poursuivi sur le triple plan géographique, social (avec le projet d’une seconde classe préparatoire intégrée) et intellectuel (avec un nouveau concours ouvert aux docteurs des disciplines scientifiques). Pour rendre plus attractif le concours interne, la règle peu motivante qui consiste à supprimer leurs primes aux fonctionnaires reçus dans les centres de préparation à l’ENA devra être revue.

La deuxième orientation concerne la formation. Celle-ci traitera davantage de l’Etat et des sujets régaliens, mais fera aussi une place à l’apport des questions scientifiques dans la décision publique. Elle devra surtout, en tirant profit des stages, se centrer sur les études de cas concrets et développer des exercices (hackathon, nudge, design) préparant les hauts fonctionnaires à la société numérique.

La troisième orientation, voulue par le Président de la République et le Premier ministre, concerne la sortie de l’école. Les élèves ayant choisi les corps d’inspection et de contrôle seront affectés, deux ans après leur prise de poste, dans les secteurs prioritaires pour l’action gouvernementale, pour y servir dans les ministères ou les services déconcentrés.

Enfin la formation continue reste l’une des belles missions de l’Ecole : chaque année, 8 000 auditeurs français et étrangers viennent sur ses bancs et plusieurs dizaines bénéficient de son excellente préparation aux concours des administrations européennes. Ces enseignements seront en permanence renouvelés pour accroître, à travers celles et ceux qu’elle accueille à l’ENA, l’efficacité de l’Etat.

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