édito

Préparer l’accueil en France des Jeux Olympiques c’est aussi lutter contre le dopage

Dominique Laurent
Présidente de l'Agence française
de lutte contre le dopage
L’année 2019 constitue un tournant pour l’Agence française de lutte contre le dopage. Celle-ci connait depuis deux ans des changements de fond qui transforment profondément son organisation et ses méthodes de travail et marqueront aussi ses missions pour les années à venir. Ce mouvement de réformes a été engagé pour permettre une bonne préparation de la France à l’accueil des jeux Olympiques et Paralympiques qui se tiendront à Paris en 2024, évènement d’importance mondiale et enjeu de premier plan pour l’antidopage. D’ailleurs l’article 25 de la loi du 26 mars 2018 relative à l'organisation des jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 a prévu une habilitation spéciale donnée au gouvernement pour prendre deux ordonnances en la matière.

D’abord, la procédure disciplinaire a été réformée par l’ordonnance du 12 juillet 2018 : une Commission des sanctions compétente pour l’édiction de sanctions a été installée au 1er septembre 2018 au sein de l’Agence, dont le collège désormais n’agit que comme seule autorité de poursuite. Il s’agit là aussi de la mise en œuvre de la décision du Conseil constitutionnel du 2 février 2018.

D’autres dispositions ont été prises dans l’ordonnance du 19 décembre 2018 pour rénover la procédure disciplinaire elle-même : elles sont particulièrement novatrices : la « composition administrative » permettra d’éviter les délais de jugement et se finalisera par un accord avec le sportif. Une simplification significative a été apportée, en outre, au droit disciplinaire de l’antidopage par la suppression de la compétence des fédérations sportives en matière de sanctions disciplinaires, avec ses deux échelons, qui conduisait à des délais importants dans la procédure. De nouvelles règles relatives aux autorisations d’usage à des fins thérapeutiques suppriment « la justification médicale d’usage » propre à la France et permettront un traitement homogène de tous les sportifs dans le monde.

La même finalité est poursuivie avec le recours exclusif au tribunal arbitral du sport en appel des décisions disciplinaires pour les sportifs de niveau international. La convention de lutte contre le dopage dans le sport signée à Paris le 19 octobre 2005, ratifiée par la France par la loi du 31 janvier 2007, et la qualité de signataire du Code mondial antidopage conférée à l’Agence française par cette convention ont permis cette évolution majeure, en rupture avec le passé.

En deuxième lieu, l’Agence a défini une nouvelle stratégie de contrôles, particulièrement renforcée pour le plus haut niveau, en s’appuyant sur une analyse des risques de dopage par disciplines et par sports : il en va de la crédibilité du sport français sur le plan international et de la protection des athlètes.

En troisième lieu, une ambitieuse politique de prévention, d’information et d’éducation, prioritairement orientée en direction des sportifs de niveau national et international a été initiée, et l’Agence a décidé de mener ces actions avec l’appui du « Comité des sportifs » récemment installé auprès d’elle.

En dernier lieu, préparer avec succès les Jeux de 2024, suppose aussi d’être exemplaire dans la détection du dopage et dans la réalisation des analyses antidopage pendant le déroulement des Jeux. C’est ainsi que l’Agence a préparé un projet de relocalisation du laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry et a obtenu le soutien des pouvoirs publics pour l’implanter à Orsay, au cœur de l’université de Paris-Sud, dont chacun connaît la qualité des chercheurs et la performance des plateaux techniques. Cette insertion donnera toute garantie à la capacité du laboratoire de figurer parmi les laboratoires les plus performants dans le monde.

Enfin, si la conformité aux standards internationaux édictés par l’Agence mondiale antidopage (AMA) obtenue grâce aux deux ordonnances précitées insère pleinement la France dans le système international de l’antidopage, l’Agence française est soucieuse du rôle, de l’impact et de la gouvernance de son régulateur mondial mis en difficulté dans le cadre de l’affaire du laboratoire russe : en novembre 2019 de nouveaux dirigeants de l’AMA seront élus. L’Agence a invité, à l’instar des autres organisations nationales antidopage, à des évolutions dans le sens de plus d’indépendance et d’une meilleure représentation des acteurs impliqués dans la lutte contre le dopage. Il s’agit d’exploiter pleinement l’atout que constitue un dispositif de caractère international pour garantir l’éthique du sport de haut niveau au plan mondial.

abonnez vous
Informations légales | Données personnelles