édito

L’AMF a œuvré pour maintenir la confiance dans les marchés financiers pendant la crise

Robert Ophèle
Robert Ophèle
Président de l’Autorité des marchés financiers
Les marchés et leurs infrastructures ont traversé depuis le début du mois de mars une période de grande turbulence. De façon quasi inédite, la valorisation de toutes les classes d’actifs a baissé au cours de la première quinzaine de mars. Les cours ont chuté de 31 % entre le 3 et le 18 mars pour l’indice SBF120 représentatif du marché français, dans un contexte où le versement de dividendes était remis en cause et où les acteurs n’étaient pas en mesure de valoriser les titres.

Face à cette situation exceptionnelle, l’action de l’AMF s’est déployée dans ses quatre domaines de responsabilité (les marchés et leurs infrastructures, les émetteurs, la gestion d’actifs, les épargnants) afin de garder la confiance dans les mécanismes de marché pour éviter une crise majeure de liquidité.

Dans le domaine des marchés et de leurs infrastructures, l’AMF s’est attachée à garder les marchés ouverts, malgré de nombreuses voix demandant leur fermeture notamment en raison des difficultés à assurer une valorisation des actifs. Les marchés financiers sont en effet essentiels au financement de l’économie dans la période de crise et ils seront essentiels demain pour financer la reprise de l’activité.

L’AMF a tout mis en œuvre pour garantir le bon fonctionnement des marchés dans cette période de crise, en accroissant sa surveillance et en restreignant les capacités de vente à découvert. Sur ce dernier point, l’AMF a utilisé les pouvoirs d’interdiction prévus par la règlementation européenne en cas de circonstances exceptionnelles pour éviter les effets procycliques des ventes à découvert, qui apportent peu à la formation des prix dans un contexte de marché uniformément orienté à la baisse.

Dans le même temps, l’AMF a accompagné les émetteurs pour assurer la meilleure information possible du marché dans ce contexte exceptionnel et s’est impliquée dans le dialogue actionnarial alors même que le confinement est intervenu durant la période des assemblées générales. Nous avons surveillé le fonctionnement des assemblées générales à huis clos, qui ont concerné plus de 80 grandes entreprises, et mis en évidence les bonnes et les mauvaises pratiques qui seront analysées dans le rapport sur le gouvernement d'entreprise et la rémunération des dirigeants des sociétés cotées qui sera publié à l’automne.

En matière de gestion d’actifs, l’AMF a également œuvré pour garder la confiance dans le fonctionnement des fonds d’investissement et des sociétés de gestion de portefeuille. Cela s’est traduit par un suivi quotidien de la liquidité des fonds monétaires, une introduction facilitée des outils de gestion de la liquidité, un accompagnement des fonds immobiliers dans l’abandon de certains loyers et une coordination avec la Banque de France et d’autres autorités européennes pour mener des actions de supervision coordonnées d’ici la fin de l’année sur la capacité des fonds obligataires d’entreprise et des fonds immobiliers à gérer un stress de liquidité.

Les épargnants enfin ont été désemparés par les chocs qui ont impacté les marchés, voyant la valeur de leur épargne se réduire brutalement et devant parfois se passer de dividende. L’AMF a été témoin de l’émergence de placements alternatifs et de la réapparition d’offres frauduleuses. Nous avons ainsi dû répondre à de nombreuses questions et multiplier les alertes qui ont été largement relayées par les médias.

Pour conclure, les enjeux des prochains mois vus de l’AMF sont doubles. D’une part, il faut être conscients que le choc qu’a enregistré la sphère financière en mars peut susciter de nouvelles répliques auxquelles il faut se préparer. D’autre part, il convient de mobiliser toute notre énergie à favoriser le renforcement des fonds propres des entreprises afin de rééquilibrer le poids qu’a pris la dette dans leur financement.

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