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e.Mutecos
N° 9 - Novembre 2014
 
 
Transition énergétique, combien d'emplois ?
transition énergétique
Changement climatique, raréfaction des ressources naturelles facilement accessibles, évolution à venir de la demande d’énergie … La transition énergétique est plus que jamais d’actualité pour faire face à ces enjeux qui sont aussi bien climatiques qu’écologiques, sociaux et économiques.

Le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte, en discussion devant le Parlement, prévoit cinq grands objectifs : réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% en 2030 par rapport à 1990, réduction de la consommation énergétique finale de 50% en 2050 par rapport à 2012, réduction de la consommation énergétique finale des énergies fossiles de 30% en 2030 par rapport à 2012, porter la part des énergies renouvelables à 32% de la consommation finale d’énergie en 2030 et ramener la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% d’ici 2025. Des objectifs ambitieux qui impliquent la mise en œuvre d’une politique volontariste à la hauteur des défis à relever.
 
 
 
Entretien avec Claudia Kemfert
La transition énergétique un mouvement irrésistible ?
Claudia Kempfert
Le Dr. Claudia Kemfert est depuis 2009 professeur d'économie de l'énergie et du développement durable à l'Université privée, "Hertie School of Governance" à Berlin et chef du département de l'énergie, des transports, de l'environnement à l'Institut allemand de recherche économique (DIW Berlin) depuis avril 2004.
Ses activités de recherche se concentrent sur l'évaluation des stratégies de politiques climatiques et énergétiques. Claudia Kemfert  a par ailleurs conseillé l'ancien président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, au sein d’un "groupe de haut niveau sur l'énergie et le climat".
Elle a reçu en 2006 le prix du meilleur chercheur allemand de la Fondation de recherche allemande  Helmholtz et de l'Association Leibniz. En 2011, elle a reçu la Médaille Urania  ainsi que le  prix B.A.U.M. de l'environnement pour une science meilleure. En Février 2013, elle publie son livre "Kampf für Strom", dans lequel elle décrit les mythes du débat énergétique. En Décembre est publiée  la version anglaise de son livre "La bataille sur l'électricité". Elle est  nommée par Norbert Röttgen (CDU)  ministre de l'énergie du " Cabinet Shadow " en Rhénanie du Nord-Westphalie en 2012 et par Thorsten Schäfer-Gümbel (SPD) en 2013 comme expert sur les questions énergétiques en Hesse.
La transition énergétique en Allemagne poursuit  un double objectif : une réduction volontaire des émissions de gaz à effet de serre et la fin de l'énergie nucléaire. Les attaques contre la transition énergétique se sont multipliées récemment et certains pensent que la complexité de cette transition a été sous-estimée. Quels sont les termes de ce débat et quelles sont les caractéristiques de la transition énergétique en Allemagne?
 
L’objectif  principal de la transition énergétique en Allemagne est d'augmenter la part des énergies renouvelables de 80% d'ici à 2050 et de réduire la demande d'énergie et les importations d’énergies fossiles. La part des énergies renouvelables dans la production d'électricité a  augmenté pour atteindre aujourd’hui jusqu'à 30% des besoins énergétiques. La transition énergétique doit non seulement s'attaquer à l'électricité, mais aussi au chauffage et à la mobilité. Surtout, les économies d'énergie doivent jouer un rôle plus important à l'avenir. Mais le principal débat  à l'heure actuelle concerne en premier lieu, les prix de l'électricité et les coûts de la transformation du système énergétique. Il y a beaucoup de mythes et de légendes autour de ces questions émanant  des groupes de pression. Les prix de l'électricité ont augmenté, mais les prix de l'électricité à la Bourse sont très bas, ce qui représente de grands avantages pour les consommateurs d'électricité. La part du tarif d’alimentation dans le prix de l’électricité  a été augmentée, mais les ménages  paient beaucoup plus que de nombreuses entreprises industrielles. Malheureusement, personne ne parle des chances économiques que représente la transition énergétique pour l’Allemagne : moins d’importations d'énergies fossiles, une réduction des coûts d'énergie de 12 milliards d'euros par an, de nouveaux emplois  qui vont bien au-delà  de 300.000 personnes, une augmentation des innovations et des nouvelles technologies et l'amélioration de la compétitivité.
 
Un argument en faveur de la mise en œuvre de la transition énergétique est qu'elle crée des emplois et de la croissance. Qu'en est-il en Allemagne et quels sont les mécanismes de la  politique mise en place dans ce domaine ?
L'investissement dans des secteurs spécifiques crée en effet des emplois et favorise  la croissance, non seulement dans le secteur des énergies renouvelables, mais aussi dans les secteurs industriels classiques car ils fournissent également une partie des composants de l'énergie renouvelable  et du renforcement de  l'efficacité énergétique des matériaux pour la construction  ou le secteur des transports. Tous les secteurs peuvent être bénéficiaires  si les investissements dans les infrastructures, l'amélioration de l'efficacité énergétique et la transition énergétique dans les bâtiments et l'électricité ainsi que la mobilité augmentent. En outre, les coûts énergétiques sont réduits : il y a par exemple  moins de combustibles fossiles importés. Cela améliore la compétitivité de l'ensemble de l'économie.
 
Est-ce que l'Allemagne est un modèle pour les autres pays européens dans cette transition énergétique et existe -t-il  des approches communes avec la France dans ce domaine?
 
 L’Allemagne devrait être un modèle , comme en matière de baisse des coûts de l’énergie renouvelable et des coûts de l'énergie pour les combustibles fossiles qui seront de plus en plus réduits avec moins d’importations de combustibles fossiles. La transition énergétique doit agir sur tous les fronts : l'électricité, les bâtiments, la mobilité. Par conséquent, d'importants investissements favorisent l'innovation et améliorent la compétitivité. La France a encore une grande part d’'énergie d’origine nucléaire. L'Allemagne peut prouver que la transition énergétique peut nous aider à sortir  du nucléaire, à augmenter l'énergie renouvelable et à améliorer l'efficacité énergétique aussi dans un grand pays industriel . Si nos deux Nations, la France et l'Allemagne, pouvaient  travailler ensemble sur une transition énergétique commune en Europe, cela créerait un mouvement irrésistible. Cela permettrait d’apporter de l'innovation et des technologies conjointes sur les marchés et d’envoyer ainsi des signaux forts sur le plan international en particulier aux Etats-Unis, à  la Chine et au Japon.
 
Le site de Claudia Kemfert
 crédit photo Agency Focus
Formation : la FEDENE
Les nouveaux métiers service- énergie- environnement
EBourneau
Ingénieur en agronomie, spécialisée en génie de l’environnement, Elise Bourmeau est déléguée générale de la FEDENE (Fédération des Services Energie Environnement). Elle débute sa carrière en 1994 chez Veolia, où elle occupe différents postes (relations institutionnelles, biomasse, méthanisation…) jusqu’en 2008. En 2009, elle rejoint le Syndicat de l’Eclairage comme Déléguée Générale jusqu’en 2013.
Le projet de loi sur la transition énergétique pour la croissance verte est en ce moment examiné par le Parlement. L’étude d’impact associée à ce projet de loi chiffre à 100 000 les emplois nets créés à court terme et 300 000 emplois nets en 2030. Beaucoup de ces emplois proviendront du secteur du logement. Se prépare-t-on à faire face à cette demande ?

La Fédération des Services Energie Environnement, particulièrement attachée à la formation en alternance, à la gestion des compétences et à la féminisation des emplois techniques, prépare la branche depuis plusieurs années à faire face à cette demande. Nos métiers de service présentent un fort potentiel d’embauches non délocalisables et pérennes, réparties sur l’ensemble du territoire (70 000 personnes actuellement en France, du CAP au diplôme d’ingénieur.
Le secteur forme par l’apprentissage, notamment des techniciens et des ingénieurs en association avec l’Ecole Nationale supérieure des Mines de Paris. Nos métiers sont également représentés au concours des MOF(1) qui permet d’obtenir une équivalence BAC+2. Enfin, la FEDENE, moteur de ce nécessaire développement de la formation aux métiers des services à l’énergie, a demandé la mise en place d’un groupe de travail au Ministère afin de rendre plus lisible les formations liées à nos métiers. 

Existe-t-il un plan national de mobilisation à 10 ans en matière de formation et de sensibilisation des jeunes aux nouveaux métiers générés par cette transition énergétique ?

L’AFANEM, centre de formation d’apprentis (la FEDENE participe à son administration), a ouvert à la rentrée 2012, sous l’impulsion de notre fédération, 8 nouvelles sections de formation de « Technicien de maintenance » à  « Ingénieur en énergétique ». Le CFA a par ailleurs participé à une trentaine de salons d’orientation en 2013-2014, afin de sensibiliser les jeunes à nos nouveaux métiers.
En matière de communication auprès des jeunes, la FEDENE a également l’intention de développer plus de synergies avec l’ONISEP.
Enfin, en vue de permettre aux entreprises des services à l’énergie de bénéficier du professionnalisme des compagnons du Tour de  France, des partenariats sont en train d’être mis en place avec les sociétés compagnonniques.

Comment votre fédération aborde-t-elle cette mutation économique : abandon ou requalification de certaines formations, gestion de la montée en compétence des services associés à cette transition, capitalisation des expériences de pays plus avancés dans la transition énergétique, renforcement des dispositifs d’apprentissage, valorisation des nouveaux métiers ...

 A la FEDENE, le virage vers cette mutation économique n’est pas nouveau. Afin de mieux répondre aux évolutions des métiers, le BTS Fluide Energie-Environnement a été modifié dans son contenu et renommé BTS Maintenance des systèmes énergétiques et fluidiques. Dans le même objectif, le contenu du BAC Pro de Technicien en Maintenance des Systèmes Energétique et Climatiques, sera  revu. Par ailleurs, le CQP(2) d’agent d’exploitation d’équipements thermiques de génie climatique créé à l’initiative de la FEDENE en 2011 a déjà permis de certifier une cinquantaine de personnes. Un groupe de travail paritaire s’est également réuni en 2014 pour  mettre en place un CQP de « technicien en efficacité énergétique ». Dans les mois à venir, une réflexion s’engagera sur la pertinence de la création d’un CQP pour la filière de valorisation énergétique des déchets et pour la filière de la maintenance et des services liées aux chaudières individuelles. Enfin, la FEDENE devrait reconduire son action de promotion sur l’accès des femmes aux métiers de service-énergie-environnement en les sensibilisant dès le collège, en lien avec Pole Emploi, Opcalia et Agefos PME.
Le site de la FEDENE
 1 Meilleur Ouvrier de France
 2 Certificat de Qualification Professionnelle
Urbanisme
Lyon Confluence, une reconquête urbaine au confluent du Rhône et de la Saône
Pierre Joutard
Le Conseil d’Administration de la Société Publique Locale Lyon Confluence du 30 juin 2014 a nommé Pierre Joutard au poste de Directeur général délégué.
Agé de 51 ans, Economiste, Urbaniste, Pierre Joutard a travaillé pendant près de dix ans sur la mise en œuvre opérationnelle des principaux grands projets urbains de l'agglomération lyonnaise en conjuguant les cultures, les savoir-faire et les sensibilités d'un aménageur et d'un bailleur social. Il a été Directeur de l’Aménagement et du Renouvellement Urbain de l’OPAC du Rhône, avant de rejoindre Lyon Confluence comme Directeur adjoint en mars 2006, aux côtés de Jean-Pierre Gallet.
Au sein de Lyon Confluence, Pierre Joutard va œuvrer en tant qu’aménageur de l'un des plus vastes projets de reconquête et d'extension urbaine d'hyper centre-ville en Europe (1 million de M2sur 150 hectares), au confluent du Rhône et de la Saône.
Créée en 1999 par le Grand Lyon et la Ville de Lyon, Lyon Confluence a pour mission de piloter et coordonner l’ensemble des actions nécessaires à la réalisation des objectifs poursuivis par les Collectivités jusqu’à son terme prévu en 2025.
Lyon Confluence est un projet urbain de très grande ampleur, comment, en quelques chiffres, le décririez-vous ?
 
La Confluence ce sont 150 hectares. Un projet urbain au cœur de Lyon qui va doubler l’étendue de l’hyper-centre. C’est un quartier qui a su tirer parti de sa géographie particulière au confluent du Rhône et de la Saône et transformer son passé industriel. C’est aujourd’hui un quartier de ville où vivent habitants, salariés, visiteurs… On compte déjà 3 000 nouveaux habitants depuis 2010 en plus des 7 000 déjà présents. A l’horizon 2025, ce seront 16 000 habitants et 25 000 actifs qui feront vivre le territoire.
 
150 hectares est une échelle pertinente pour afficher une exemplarité dans toutes les dimensions : construction sobre en énergie, recours massif aux énergies renouvelables, maîtrise de la voiture individuelle, développement des modes doux, générosité des espaces publics, place de l’eau, de la végétation et du paysage dans la ville, préservation de la biodiversité… Lyon Confluence s’est ainsi engagée très tôt dans une politique innovante en faveur du développement durable.

Cet effort a été récompensé dès les années 2000. Par la Commission européenne, en 2005, avec le programme Concerto pour les premiers îlots mixtes (ABC) du quartier de la place nautique, et par le WWF qui accompagne la SPL Lyon Confluence depuis 2010.
 
Vous avez noué un partenariat avec Nedo, agence japonaise de soutien à l’innovation (équivalent de l’ADEME en France) pour faire de la Confluence un quartier exemplaire en matière d’efficience énergétique, un projet démonstrateur « Smart community » unique en Europe. Quels sont ses objectifs ?
 
Le site de La Confluence avait été identifié par Nedo comme le terrain d’expérimentation européen idéal pour la mise en œuvre d’un démonstrateur "Smart Community". Le Grand Lyon et Nedo ont ainsi signé une convention d’engagement en décembre 2011 pour doter La Confluence d’un projet démonstrateur "Smart Community" qui soit exemplaire par son ampleur et la qualité de ses innovations. Ce partenariat s’inscrit dans la démarche de maîtrise de l’énergie du Grand Lyon et dans son Plan Climat.
 
Ses objectifs ? Que les technologies japonaises avancées contribuent au développement durable du projet urbain de La Confluence d’ici à 2016 en associant à sa réalisation plus de trente partenaires publics et privés.
 
Comment ce partenariat se traduit-il concrètement ?
 
Le partenariat comporte quatre volets :
 
- La réalisation du bâtiment Hikari : un îlot-modèle en termes d’efficacité énergétique et d’intégration d’énergies renouvelables, qui produira plus d’énergie qu’il n’en consommera,
- Le déploiement de SunMoov’, une flotte de véhicules électriques en auto-partage alimentés principalement par un système photovoltaïque,
- L’installation de ConsoTab, des compteurs intelligents pour accompagner les habitants dans la maîtrise de leur consommation d’énergie (électricité, gaz et eau). Tout particulièrement dans la Cité Perrache, HBM des années 30, inscrite dans un projet d’éco-rénovation,
- La mise en place d’un CMS (Community Management System), outil de suivi et de pilotage de la consommation et de la production d’énergie sur La Confluence, visant à donner une vision d’ensemble pour une planification optimisée des besoins et ressources énergétiques.
 
Il y a souvent débat sur la transition énergétique pour savoir si elle va créer des emplois et favoriser la croissance. Est-ce que cette dimension a été présente dans la construction de ce projet ? Et si oui, comment ?
 
Notre travail d’aménageur d’un quartier aux fortes valeurs « durables » participe de l’économie verte et de son développement en créant de nouveaux métiers et emplois.
Par exemple en soutenant la montée en compétence des entreprises : lors de la construction des premiers îlots (îlots ABC), en partenariat avec l’Agence locale de l’énergie et la FNBTP (Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics) nous avons accompagné la formation des compagnons de chantiers pour réaliser l’isolation thermique par l’extérieur.

Il y a aussi et surtout un volet spécifique aux hautes exigences environnementales de ces mêmes cahiers des charges. Pour y répondre les équipes doivent faire preuve d’innovation. Vous parliez de Lyon smart community. C’est un bon exemple puisque ce partenariat même implique l’émergence de nouvelles expertises. Il suffit par exemple de regarder le bâtiment Hikari actuellement en construction : les façades des bureaux et logements produiront de l’énergie grâce à une nouvelle technologie qui insère des cellules photovoltaïques entre deux lames de verre. Des innovations telles que celle-ci améliorent la performance énergétique des bâtiments, certes, mais elles font naitre aussi de nouveaux savoir-faire. Un atout pour qui veut rendre notre économie compétitive. 
le site de Lyon Confluence
 Crédit photo Jérôme Boucherat SPL Lyon Confluence
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Transition énergétique en Guyane
La filière Biomasse Energie en Guyane
Biomasse
L'Etablissement Public d'Aménagement en Guyane (EPAG) est un établissement public à caractère industriel et commercial de l'Etat, crée par décret n° 96-954 du 31 octobre 1996. Il est doté de personnalité morale et de l'autonomie financière. L'EPAG regroupe trois missions : la gestion foncière (Etablissement Public Foncier), l'aménagement urbain (Etablissement Public d'Aménagement) et rural (missions Safer).
Le développement de la filière Biomasse énergie est un projet ambitieux répondant à de nombreux enjeux clés que la Guyane se doit de relever aujourd’hui : la croissance démographique (doublement de la population prévu entre 2014 et 2030) ; la production agricole (objectif du schéma régional d'aménagement de création de 25 000  ha de surface agricole utile supplémentaire) ; la moindre dépendance à l'énergie fossile (passage prévu de 90 à 50 % d'ici 2030) et l’emploi (taux de chômage à 21,3 % au sens BIT en 2013).

La Biomasse représenterait 30% de la production d’énergie d’ici à 2030 avec une capacité de production de 40 000 kW/an, soit 400 000 tonnes de bois par an ou 1000 ha/an défriché et un investissement total de 250 millions d’euros. On estime que cette filière devrait engendrer 400 à 500 emplois (40% pour le fonctionnement de l’usine et 60% pour le défrichement). Et ce, sans compter les emplois générés par l’aménagement agricole permis par la biomasse.

En effet, ce qui fait la spécificité de ce projet est le mode d’approvisionnement. Ainsi, alors qu’en métropole ou aux Antilles les usines s'approvisionnent essentiellement à partir de scieries ou de sucreries, celles de Guyane s’approvisionnent de défriches de terres nouvelles ayant pour principale vocation l’installation d’agriculteurs (70% de la défriche). Ce modèle permet de rentabiliser l’aménagement de nouvelles zones agricoles, de soutenir l’exploitation forestière et de créer des emplois. Plus de 400 exploitations agricoles pourraient être installées d’ici à 2030 (sur la base d'une surface moyenne pour une exploitation de 25 ha).

Le développement de la filière biomasse est donc structurant pour le territoire guyanais non seulement en termes de transition énergétique mais également pour la lutte contre le chômage et pour le développement agricole. Il sous-entend cependant une coordination importante entre les différents acteurs. L’EPAG, en tant qu’aménageur urbain et rural, a vocation à être un acteur pivot de cette politique.
Le rapport de Claude Roy pour le Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux [PDF]
Résumé de la mission du cabinet conseil Sima-Pecat
Le site de la région Guyane
Note du Centre d'étude et de prospective (CEP) Octobre 2014 "Production et consommation de biomasse à des fins énergétiques à l'horizon 2030"
Etude
Marché de l'emploi de l'économie verte
économie verte
Le marché de l’emploi de l’économie verte. Cette étude réalisée par l’Observatoire national des emplois et métiers de l’économie verte (Onemev) combine deux approches pour mieux appréhender le marché de l’emploi de l’économie verte : par les activités des entreprises et par les métiers exercés par les individus.
 
A lire sur le site du ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie
Rapport
Anticiper les restructurations
restructuration

Le Premier ministre avait  confié à Jean-Pierre Aubert, Président de SNCF Développement, une mission destinée à proposer une organisation structurée et des actions coordonnées des différents acteurs locaux permettant de répondre de manière efficace et opérationnelle aux enjeux des territoires confrontés à des mutations.
   
C'est à cette demande que répond le rapport remis en octobre au Premier ministre parJean-Pierre Aubert. Intitulé « Mutations socio-économiques et territoires : les ressources de l’anticipation », le rapport, sur lequel nous reviendrons dans la prochaine lettre e-Mutécos, formule plusieurs recommandations et appelle à un changement de logique dans l’approche des mutations économiques. Un document à lire.
Lire le rapport
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Etude
Comment évaluer les scénarios de la transition énergétique ?
Callonec Gael
Gaël Callonnec est docteur en économie. Il a enseigné la macroéconomie à Sciences-po. Il est désormais chargé de la modélisation des effets micro et macroéconomiques des politiques fiscales environnementales et de la transition énergétique à l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie).
Il est l’un des auteurs du modèle ThreeME (Multisectoriel Macroeconomic Model for the Evaluation of Environmental and Energy policy) conçu conjointement par l’ADEME et l’observatoire français de la conjoncture économique, OFCE. Il est l’auteur principal du rapport ADEME-MEEDDM sur la Contribution Climat Energie. 

Vous avez réalisé, à l’amont de la préparation de la loi sur la transition énergétique, une étude sur l’évaluation macroéconomique des Visions énergétiques  2030-2050 de l’ADEME.   Quels en sont les principaux enseignements ?
 
L’évaluation macro-économique des Visions énergétiques 2030-2050 de l’ADEME montre que  la transition énergétique  peut s’accompagner d’un gain de croissance et d’emplois par rapport à la poursuite des tendances actuelles.

Elle entraînera en effet un regain d’investissement (dans l’isolation du bâti, les transports collectifs et les énergies renouvelables), des créations d’emplois dans ces filières vertes bien supérieures aux destructions de postes dans la branche des énergies fossiles et des filières énergivores, ainsi qu’une nette contraction du déficit de la balance commerciale. A court et moyen terme, en dépit de la hausse des prix, elle peut déboucher sur une augmentation de la demande qui rétroagit positivement sur l’offre, de sorte que le PIB pourra être supérieur à ce qu’aurait été son niveau en 2050 dans le scénario de référence  (le gain est maximal si la totalité du supplément de recettes de taxes énergétiques –incluant leur assiette carbone- est redistribuée aux agents via une baisse de charges sociales). Au bout du compte, dans nos simulations, la transition énergétique induit un gain équivalent aux revenus générés par deux années de croissance supplémentaires sur la période considérée, soit 3 points d’indice de PIB, et la population active occupée augmenterait de 3%. 

Ce gain est possible parce que la majorité des investissements à réaliser sont des investissements privés, rentables, qui peuvent être financés par emprunts bancaires (et donc sans grand effet d’éviction sur les autres). Ainsi à terme, la somme cumulée des économies d’énergies et des suppléments de revenus induits (notamment via l’expansion de la masse salariale) couvre le principal de la dette et la charge d’intérêts liés au financement de la transition.

Il y a création de valeur, comme l’atteste la hausse du revenu disponible des ménages, net du remboursement de leurs annuités et de leur facture énergétique.
Les dépenses de l’Etat ne seront impactées que par l’évolution de mesures budgétaires ou fiscales existantes relatives aux secteurs de la transition (ex :  crédit d’impôt développement durable pour la rénovation des logements) : le coût des énergies renouvelables sera supporté par le consommateur final via la contribution au service public de l'électricité (CSPE). Elles seront largement compensées par l’augmentation des recettes due au regain d’activité, si bien que le déficit public diminuera.

Quels seront les secteurs gagnants et les perdants en terme d’emplois ?
 
En définitive, le gain net d’emplois d’ici 2050 serait compris entre 690 000 et 875 000.  Les créations sont 9 fois plus nombreuses que les pertes, qui s’élèveraient à 95000 emplois. Les 2/3 des emplois perdus le sont dans la construction et l’exploitation des centrales thermiques et nucléaires, le reste est détruit dans le raffinage et la distribution de combustibles fossiles. Un léger déclin apparaît dans l’automobile à partir de 2030.

Mais cette évolution s’opèrera sur plus de 15 ans. Or les emplois perdus dans les centrales thermiques seront compensés par les emplois crées dans les unités de production d’énergie renouvelables, etc.. De ce point de vue, il est réducteur de raisonner en terme de destructions vs créations d’emplois, mieux vaut penser en terme d’évolution de métiers et de reconversion de filières, avec un gain à la clef (à la condition que les filières nationales relatives aux secteurs de la transition se développent et permettent la création d’emplois sur le territoire français).
 
Quels sont les secteurs pour lesquels les économies d’énergies sont potentiellement les plus fortes et quelles seront les branches les plus créatrices d’emplois ?
 
Dans les visions énergétiques de l’ADEME, la baisse des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050 par rapport à 1990 (facteur 4) est obtenue pour 26% dans le secteur des transports, 19% dans le secteur de la production d’énergie, 19% dans le secteur industriel et 17% dans le secteur résidentiel.

Les branches qui créent le plus d’emplois sont: le secteur des énergies renouvelables,  notamment l’éolien, le solaire, la biomasse et la fabrication de biogaz ; les transports collectifs ; le BTP ; le tertiaire et les autres industries (par effet indirect pour ces deux derniers secteurs).
  
    
L'étude de l'ADEME
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La transition énergétique vue d'Allemagne
Entretien avec le maire de Saerbeck
Saerbeck
Saerbeck est une commune de Rhénanie-du-Nord-Westphalie située dans le district de Münster. Elle s'est engagée dans une démarche de neutralité carbonne d'ici 2030 avec l'adhésion de l'ensemble de ses citoyens. Le projet de la commune de Saerbeck a été de convertir un ancien dépôt de munitions en un parc bioénergie. Le succès de cette entreprise réside, selon son maire Wilfried Roos, dans l'effet catalyseur du projet, en créant et en consolidant des emplois dans des secteurs périphériques au parc bioénergie lui même. Mutécos est allé à sa rencontre.
PHOTOVOLTAIQUE
Votre commune s’est fixée un objectif ambitieux de neutralité carbone d’ici 2030. Comment allez-vous atteindre cet objectif ?

L’objectif est réaliste et n'est pas une utopie, c’est fondamental pour moi. Nous avons déjà atteint la neutralité CO2 dans l’électricité ; nous produisons à Saerbeck 3 fois plus d’électricité que nous n'en consommons sur place, et cela avec des sources renouvelables et climatiquement neutres. Ce bilan est fondé sur le parc de bioénergie, mais aussi sur l’engagement de beaucoup de citoyens de Saerbeck qui ont installé des panneaux photovoltaiques sur leurs toits qui produisent plus que la centrale de biomasse. Notre prochain projet est la neutralité CO2 dans le chauffage. Il est prévu de mettre à la disposition des citoyens de Saerbeck un réseau de chaleur sur base de cogénération. Nous avons participé avec succès au concours régional, "commune modèle de co-génération.“ Dès que les modalités de la subvention publique seront clarifiées, nous allons commencer. Un troisième aspect de la neutralité CO2 à long terme est la mobilité. C’est certainement le plus grand défi dans une région rurale. Mais là aussi nous avons commencé à sensibiliser les citoyens avec une journée de la mobilité électrique qui a attiré 3000 personnes.

Vous avez reconverti un ancien dépôt de munitions en parc «bioénergétique» (installations éoliennes et biogaz). Comment vous y êtes vous pris pour mobiliser l’ensemble des acteurs concernés ?

La valeur ajoutée locale a toujours été très importante pour nous. Cela veut dire que nous avons évité de donner le terrain à un grand investisseur extérieur, alors que nous avions des demandes. La commune de Saerbeck veut garder le pouvoir de décision et elle est restée propriétaire du terrain, à l’exception d’une parcelle vendue au département (Kreis Steinfurt). Cela nous permet de toucher des recettes de location et de faire participer les citoyens. Ainsi les 6 hectares de panneaux photovoltaiques sur des anciens bunker militaires constituaient un investissement de la coopérative "énergie pour Saerbeck“ qui appartient à 400 citoyens. La participation était possible à partir d’un seuil de 1000 euros. Cela a créé une forte identification avec le projet. La production électrique à partir de biogaz est également un investissement local, mais elle appartient à des agriculteurs. Les éoliennes appartiennent également à des investisseurs locaux. La commune de Saerbeck a également construit une éolienne, ce qui à ma connaissance est unique, et on peut dire que c’est l’éolienne des citoyens. D’une facon générale, on peut dire que les citoyens s’identifient fortement avec le parc de bioénergie et les autres projets climat de Saerbeck. Ce soutien de la population est très important.


On évoque souvent les créations d’emplois générées par la transition énergétique. Est-ce que les objectifs que vous vous êtes fixés ont eu un réel impact en termes de créations d’emplois ?

Directement, les projets climat de Saerbeck ont créé un nombre limité d’emplois, car l’utilisation de technologies comme par exemple les panneaux photovoltaiques, ne nécessite pas beaucoup de main d’oeuvre, cela fonctionne largement en automatique. Pendant sa construction, le parc de bioénergie a bien sûr donné du travail à beaucoup de gens, des centaines de personnes. Bien plus important et plus durable est l’effet catalyseur du projet : des emplois créés ou consolidés autour. Ainsi un grand producteur d’éoliennes a installé son centre de maintenance à Saerbeck. Un atelier pour des personnes handicapées a été installé sur le terrain et s’occupe de l’entretien de ce très grand terrain du parc de bioénergie. Des artisans locaux y travaillent. Les effets se font également sentir dans la gastronomie locale : nous accueillons beaucoup de groupes de visiteurs dans le parc de bioénergie qui visitent les projets de Saerbeck. Ces visiteurs veulent ensuite manger et boire dans un cadre sympathique.
Le site de la commune de Saerbeck
Commission Europénne, Stratégie Europe 2020
La transition énergétique, capital pour une croissance intelligente, durable et inclusive
Stefaan Vergote
Stefaan Vergote est Chef d’Unité à la Direction générale de l’Energie à la Commission européenne. Il dirige en effet depuis mars 2014 l’unité en charge, au sein de la Direction Générale Energie, de  la stratégie économique et des instruments financiers. Il était auparavant  chef d'unité à la direction générale de l'action pour le climat où il a dirigé avec ses équipes «  la Feuille de route vers une économie à faible intensité de carbone à l’horizon 2050 »  ainsi que  le « Cadre 2030 pour les politiques climatiques et énergétiques ». Il a occupé plusieurs postes stratégiques à la Commission européenne sur les questions énergétiques et environnementales.

Stefaan Vergote est titulaire d’un diplôme d’ingénieur en électrotechnique-mécanique civile de l’Université de Louvain et d’un diplôme d’études supérieures en gestion de l’environnement et des technologies de cette même Université.
Le Gouvernement français chiffre à 100 000 les emplois créés à court terme par le projet de loi sur la transition énergétique. A l’échelle de l’Europe cette transition énergétique devrait générer à moyen terme plusieurs centaines de milliers d’emplois nets. Quelles sont les estimations de la Commission européenne s’agissant de ces « emplois verts » ? Dans quels secteurs industriels se trouvent-ils ?

La stratégie Europe 2020 reconnaît que la transition énergétique, pauvre en carbone et utilisant efficacement les ressources, est capitale dans l’obtention d’une croissance intelligente, durable et inclusive.  Cela représente autant un défi qu’une chance du point de vue du marché du travail et des compétences, deux éléments qui sont à leur tour cruciaux pour générer une telle croissance. La transition vers l’économie verte entraînera des transformations profondes dans toute l’économie et un vaste éventail de secteurs : des emplois seront créés, d’autres remplacés et d’autres encore redéfinis.

Les emplois créés dans le secteur des biens et services environnementaux (SBSE), souvent appelés «emplois verts», ont été extrêmement nombreux, même durant la crise économique. Le nombre d’emplois dans l’Union est passé de 3 à 4,2 millions entre 2002 et 2011 et a augmenté de 20 % pendant la récession. Il est estimé qu'environ 1,2 million de ces emplois se situent dans le secteur des énergies renouvelables (1).

Les estimations établies par la Commission européenne dans le cadre de l'étude d'impact accompagnant la Communication « Un cadre d'action en matière de climat et d’énergie pour la période comprise entre 2020 et 2030 » suggèrent que les changements structurels sous-jacents devraient avoir une incidence relativement modeste à long terme sur le niveau général de l’emploi (2). Les scénarios prévoyant des politiques d'efficacité énergétique ambitieuses ou une réutilisation efficace des revenus associés à la mise aux enchères des quotas d'émissions ont généralement une incidence positive sur l'emploi net total. De même, des avantages comparatifs résultant d'une innovation accélérée peuvent se traduire par des effets additionnels positifs sur l'emploi. Ces estimations restent toutefois sujettes à de nombreuses incertitudes, en raison des difficultés à mesurer de manière précise comment la transition énergétique pourra affecter le fonctionnement du marché du travail.

Ces résultats agrégés masquent des différences plus significatives au niveau sectoriel. En effet, d’importantes redistributions de l'emploi entre secteurs ou à l'intérieur des secteurs sont à attendre. Par exemple, des politiques visant à soutenir les investissements dans les énergies renouvelables ou dans l'efficacité énergétique peuvent se traduire par des créations d'emplois à court terme dans les secteurs de l’ingénierie, le secteur manufacturier de base, les équipements de transport, la construction et les services aux entreprises. En revanche, les secteurs de l’extraction des combustibles, pourraient se trouver négativement affectés.

Ces nouveaux emplois vont nécessiter un très important effort de formation car ce sont souvent des emplois qualifiés.  A votre avis les efforts de formation des Etats membres de l’Union sont-ils à la mesure de cet enjeu ?

Il est essentiel que l'Union européenne et les Etats-Membres assurent l'accès à une formation adéquate qui permette aux travailleurs d'ajuster leurs qualifications pour faire face aux changements structurels que la transition énergétique imposera. C'est notamment valable pour permettre le déplacement des travailleurs vers les secteurs à fort potentiel de croissance. On estime par exemple que les investissements dans l'isolation et l'efficacité énergétique des bâtiments nécessiteront que quatre millions de travailleurs dans le secteur de la construction mettent à jour leurs qualifications(3). Priorité devrait notamment être donnée à l'amélioration des qualifications dans les domaines des sciences, de la technologie, de l'ingénierie et des mathématiques.

Des politiques ciblées peuvent permettre d'anticiper et de gérer les impacts de cette transition sur les emplois et qualifications. Les analyses existantes montrent que des politiques favorisant la capacité générale d'adaptation sur le marché du travail tout en assurant une protection sociale adéquate pour les travailleurs se révèlent efficaces(4).

Pouvez-vous, sans établir de classement entre les pays de l’Union, nous indiquer des expériences porteuses en matière de création d’emplois liés à la transition énergétique. Quel premier bilan peut-on en tirer ?

Un inventaire des mesures existantes au niveau des Etats-Membres pour développer les emplois verts indique certaines tendances(5). Tout d'abord, certains pays mettent en place des mesures favorisant le développement des compétences permettant d'établir de nouveaux profils ou qualifications. Un autre type de mesures consiste à instaurer des instruments fiscaux encourageants les entreprises et les particuliers à se tourner vers des produits et services plus favorables à l'environnement. Certaines politiques cherchent également à soutenir la production de technologies vertes dans l'industrie, par l'intermédiaire de financements spécifiques ou par le développement de clusters d'innovation. Les politiques de rénovation des bâtiments pour améliorer leur efficacité énergétique peuvent se révéler également positives sur l'emploi (Pologne, République Tchèque), notamment dans le secteur de la construction. Le soutien au secteur des énergies renouvelables peut également soutenir la compétitivité internationale de ces industries.

Il existe enfin un éventail d'instruments financiers au niveau de l'UE et des Etats-Membres pour soutenir la création d'emploi dans le cadre d'une transition vers une économie faible en carbone. L'objectif de dépenser au moins 20 % du budget européen pour l'action climatique sur la période 2014-2020 doit permettre de contribuer significativement à la création d'emplois verts dans toute l'économie. Plus particulièrement, le Fonds Social Européen peut jouer un rôle crucial pour soutenir cette transition, par exemple en promouvant la formation tout au long de la vie et en soutenant l'accès à l'emploi.

 (1) IRENA, Renewable Energy and Jobs — Annual Review 2014
 (2) 2030 framework for climate and energy policies
 (3) Initiative pour l'emploi vert: Exploiter le potentiel de création d'emplois de l'économie verte COM(2014)
 (4) Employment effects of selected scenarios from the Energy Roadmap 2050
 (5) Promoting green jobs throughout the crisis: a handbook of best practices in Europe - EEO Review
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Entretien avec Guillaume Duval
Transition énergétique : France-Allemagne
Guillaume DUVAL
Guillaume Duval est rédacteur en chef de la revue Alternatives économiques. Il a vécu et travaillé en Allemagne. Son dernier ouvrage "Made in Germany, le modèle allemand au delà des mythes" revisite notre vision du modèle outre-rhin. Il nous éclaire dans cette lettre portant sur la transition énergétique sur les politiques énergétiques menées en Allemagne et en France. Mutécos lui a posé trois questions sur ce sujet.
Y a-t-il  une différence fondamentale d’approche de la transition énergétique entre la France et l’Allemagne ?

Oui. On pense bien sûr spontanément à la question du nucléaire : l’Allemagne veut en sortir totalement d’ici 2022 tandis que la France veut seulement réduire la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % en 2025. Ceci dit, les efforts à réaliser sont en réalité d’ampleur similaire des deux côtés du Rhin sur ce terrain dans la mesure où le nucléaire pèse déjà beaucoup moins lourd en Allemagne qu’en France. La vraie différence fondamentale entre la France et l’Allemagne en matière de transition énergétique réside sans doute plutôt dans la crédibilité des scénarios de moyen terme mis en place : quand les Allemands se sont mis d’accord à ce sujet, ils s’y tiennent ensuite. Y compris au-delà des alternances politiques. En France, nous avons encore une relation beaucoup plus décontractée vis-à-vis de tels engagements de moyen terme. Ce qui les prive d’une bonne part de leur crédibilité et nuit donc à la mise en œuvre de cette transition pour laquelle les entreprises ont impérativement besoin d’un cadre stable et prévisible.
 
Sur les créations d’emplois attendues de la transition énergétique, est-ce que l’Allemagne est mieux armée que la France et si oui pourquoi ?

Oui, là aussi. Tout d’abord pour la raison qui vient d’être évoquée : l’instabilité chronique des dispositifs nuit à l’effectivité du déploiement de la transition en France et donc aux emplois qu’elle est susceptible de créer. Cela concerne en particulier la formation des professionnels de tous les corps de métiers aux techniques vertes, beaucoup plus avancée en Allemagne qu’en France. A cela s’ajoute l’effet de la faiblesse industrielle plus générale de la France, notamment dans le secteur des biens d’équipements. Cela aboutit à ce que la mise en œuvre de la transition énergétique risque fort de se traduire par une dégradation de la balance extérieure française du fait d’importations supplémentaires. Et donc d’aboutir à créer des emplois en Allemagne plutôt qu’en France.
 
Quels sont à votre avis les principaux défis que le France doit relever pour mettre en place de façon effective cette transition énergétique ?

S’efforcer de corriger d’urgence les points précédents. D’abord en crédibilisant les mesures de moyen terme en recherchant un large consensus autour de ces perspectives dans la logique de ce qui avait été engagé au Grenelle de l’Environnement en 2007 mais qui ne s’est pas véritablement poursuivi depuis : entre la droite et la gauche, le patronat, les syndicats et les ONG, l’Etat et les collectivités locales… En mettant ensuite un vrai coup de collier pour former les professionnels dans ces domaines et enfin en soutenant autant que possible dans le cadre des règles européennes, et en priorité par rapport à d’autres secteurs d’activité, les entreprises françaises actives en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique. Avec notre énorme façade maritime et nos vastes terres agricoles, nous avons a priori beaucoup d’atouts pour réussir la transition énergétique et faire en sorte qu’elle contribue à créer des emplois. Mais pour l’instant nous n’avons pas vraiment réussi à les valoriser.
Made in GERMANY, le modèle allemand au-delà des mythes éd. du Seuil
 Credit photo : Duval © Hermance Triay
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La direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL)
Poitou-Charentes le choix de l'économie verte
Marie Françoise Bazerque est directrice adjointe, directrice par intérim de la DREAL de la région Poitou-Charentes. La DREAL participe à la mise en oeuvre et à la coordination des politiques de l'Etat en matière, notamment, de développement et d'aménagement durable, de transition écologique, de lutte contre le changement climatique.
 Au moment où le projet de loi sur la transition énergétique est examiné par le sénat, pourriez-vous nous préciser ce qu’est l’économie verte et donner des éléments de compréhension sur la question «  l’économie verte créatrice ou destructrice d’emplois »  ?

La notion d’économie verte fait référence à un nouveau modèle de développement qui, tout en cherchant à être efficace sur le plan économique, s’engage à respecter les grands équilibres naturels et sociaux. Elle désigne toutes les activités économiques qui cherchent à respecter l’environnement dans les anciens secteurs de notre système industriel par le verdissement (tels que le bâtiment, l’agriculture, les transports…), ainsi que dans les nouveaux secteurs du système éco-industriel (les filières vertes).
Dans le contexte de crise économique et financière de ces dernières années, l’accent est mis sur les nouvelles opportunités qui se présentent aux entreprises et les créations d’emplois à en attendre. D’un point de vue dynamique, en Poitou-Charentes, sur la décennie 1999-2009 qui a connu une progression globale de +13% de l’ensemble des emplois au niveau régional :

- les métiers verdissants s’inscrivent dans des fonctions à dynamique variable : +24% dans le BTP ; + 20% dans le transport-logistique ; +3.5% pour l’entretien-réparation. Les effectifs sont susceptibles de croître rapidement pour faire face aux besoins de la société. Ainsi les métiers du BTP, dont 70% sont identifiés comme verdissants, ont fortement progressé et continueront à le faire et ceux de la fonction entretien-réparation (dont 30% sont considérés comme verdissants) sont susceptibles de connaître une croissance plus rapide avec l’essor du recyclage des produits dans le comportement des ménages et des entreprises.
- les activités 100% vertes connaissent quant à elles une progression de 53 %. En 2009, près de 870 établissements exercent une activité 100% « environnementale ». A l’avenir, ces secteurs peuvent continuer à être de forts pourvoyeurs d’emplois si les dynamiques actuelles se poursuivent.

En Poitou-Charentes, sur un chiffre global de 700 000 emplois :

-3600 emplois sont dans les « métiers verts » : assainissement et traitement des déchets : 1500 emplois, métiers de la production et de la distribution d’énergie : 1500 emplois, métiers de la protection de la nature : 100 emplois, autres : 500 emplois.
-102 000 emplois sont dans les « métiers verdissants » (métiers dont la finalité n’est pas environnementale, mais qui intègrent la prise en compte de façon quantifiable et significative de la dimension environnementale dans le geste métier). Emplois concentrés dans trois secteurs : 42 000 (40%) dans le BTP, 20 000 (20%) dans le domaine du transport logistique, 17 600 (18%) dans l’entretien-réparation, et 4800 emplois dans l’administration publique.
- 6000 emplois sont dans des activités 100% vertes. (collecte et traitement des déchets,  traitement/distribution d’eau brute et eaux usées, dépollution et services de gestion de déchets). Tous les métiers de ces activités ne sont pas considérés comme « verts », même si la finalité générale des établissements dans lesquels ils s’inscrivent l’est par destination.

Pour anticiper et accompagner les évolutions engagées par la transition énergétique, quelles sont les mesures nécessaires pour adapter le marché du travail à ce nouvel objectif et adopter un positionnement concurrentiel en matière de formation professionnelle ?

Quelles que soient les influences économiques et réglementaires à l’origine des évolutions que devront connaître les secteurs, pour agir dans le sens d’une conversion écologique, il faut  promouvoir les activités éco-responsables. Il convient également d’anticiper les modifications qui vont concerner les métiers, par exemple en développant des formations qui intègrent ces changements. En effet, la formation peut répondre à l’évolution des métiers, mais elle peut également être appréhendée comme un levier donnant une impulsion supplémentaire à ces mutations. Trois types d’évolution sont à prendre en considération : l’information des citoyens et des salariés qui améliore le comportement responsable en matière d’environnement dans le contexte de travail, l’enrichissement du contenu de certains métiers (apports qui vont améliorer la pratique professionnelle) et l’accompagnement de la modification des cœurs de métier.

A titre illustratif, en Poitou-Charentes, le domaine de « l’économie verte » concerne environ 1 800 actifs, parmi lesquels plus de 800 ingénieurs et cadres d’étude, recherche et développement en mécanique et travail des métaux. Près des deux tiers des professionnels possèdent un diplôme de l’enseignement supérieur. En clair, le seuil d’accès à ces emplois se situe a minima au niveau du baccalauréat et, pour une majorité des emplois, au niveau BTS et Licence pro. Sur le marché du travail, sur 350 demandeurs d’emploi qui recherchent un poste dans ce domaine, 13 % d’entre eux ne disposeraient pas d’un diplôme de l’enseignement supérieur et pourraient donc être en difficulté pour trouver un poste.

Concernant la formation professionnelle initiale, pour l’année scolaire 2011/2012, on compte 453 élèves en formation dans ce domaine. Une dizaine de diplômes sont proposés, allant du niveau IV (Bac pro) au niveau I (master). Ces formations représentent environ 200 diplômés par an, 84 en Master et plus de 110 en DUT ou Licence pro.
Ces indications caractérisent la situation régionale à partir de laquelle les décideurs vont pouvoir évaluer les projets de formation, estimer la pertinence des demandes de formation (choix des diplômes, niveau de formation visé…) et ajuster l’effort de formation eu égard aux besoins du marché du travail en anticipant les évolutions.
 
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France Stratégie
Y a-t-il une place pour l'hydrogène dans la transition énergétique ?
hydrogène
Dans sa note d'analyse du mois d'août, France Stratégie a formulé trois propositions pour que l’hydrogène puisse faire partie du mix énergétique dans le futur. Bien que l'hydrogène semble pouvoir être le substitut décarboné des hydrocarbures, de nombreuses conditions devront être réunies pour permettre son émergence.

Etude
La France confrontée à une "fuite pernicieuse" des centres de décision
CCI paris
Une étude de la CCI du 27 octobre 2014 fait observer que la France est confrontée à un départ des centres de décision de nombreuses grandes entreprises : délocalisation de sièges sociaux mais aussi de centres de recherche ou départ pour l’étranger des membres de la direction ... 
Certaines des causes de ce mouvement sont mondiales (nouveaux outils de communication, modification des organigrammes favorisant l’éclatement géographique des comités de direction ou durcissement des règles pour les hauts revenus après la crise financière de 2008), mais la France a des facteurs qui lui sont propres et qui aggravent le phénomène, estime la CCI.
Tourisme
Economie collaborative : une application intelligente dans l'économie hôtelière
tourisme
Dans la Veille Info Tourisme  le point de vue de Georges Panayotis directeur de la publication Hospitality-on sur l'économie collaborative a été présenté. Ce dernier constate que le mouvement est lancé et qu'ainsi, il ne sert à rien de s'y opposer.
 Au contraire, Georges Panayotis explique que "L’économie collaborative modifie progressivement tous les modèles économiques de l’économie marchande. Au lieu de se désespérer, une fois de plus, de la concurrence déloyale qu’elle présente, il faut voir dans quelle mesure le modèle peut trouver une application intelligente dans l’industrie hôtelière."
 
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Transition énergétique, combien d'emplois ?
transition énergétique
Changement climatique, raréfaction des ressources naturelles facilement accessibles, évolution à venir de la demande d’énergie … La transition énergétique est plus que jamais d’actualité pour faire face à ces enjeux qui sont aussi bien climatiques qu’écologiques, sociaux et économiques.

Le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte, en discussion devant le Parlement, prévoit cinq grands objectifs : réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% en 2030 par rapport à 1990, réduction de la consommation énergétique finale de 50% en 2050 par rapport à 2012, réduction de la consommation énergétique finale des énergies fossiles de 30% en 2030 par rapport à 2012, porter la part des énergies renouvelables à 32% de la consommation finale d’énergie en 2030 et ramener la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% d’ici 2025. Des objectifs ambitieux qui impliquent la mise en œuvre d’une politique volontariste à la hauteur des défis à relever.
 
Ce numéro d’e-Mutécos a choisi de s’intéresser à un aspect de la transition énergétique, ses conséquences sur l’emploi : est-ce que la transition énergétique sera créatrice d’emplois ou non? Pour éclairer ce débat, e-Mutécos s’est intéressé à la vision de la transition énergétique d’acteurs outre-Rhin, avec le point de vue de Claudia Kempfert, experte réputée, chef du département de l’énergie, des transports et de l’environnement à l’Institut de recherche économique de Berlin. Le maire de Saerbeck apporte quand à lui la vision d’un acteur territorial qui a engagé sa commune dans une transition énergétique ambitieuse. Une expérience territoriale à comparer à celles menées à Lyon Confluence (entretien avec Pierre Joutard) ou en Poitou-Charentes (interview de Marie-Françoise Bazerque). Stephan Vergote (direction générale de l’énergie à la commission européenne), apporte un point de vue européen sur la question tandis que Guillaume Duval compare Allemagne et France. Enfin, qui dit nouveaux métiers et nouveaux emplois, dit formation. Elise Bourmeau (Fédération des Services Energie, Environnement) explique les démarches entreprises pour s’adapter à cette mutation.
 
Alors, la transition énergétique, créatrice des emplois de demain ? 
 
C’est tout le débat. Car si la transition énergétique entraine des pertes d’emplois, par exemple dans le nucléaire, la production et la distribution d’énergies fossiles ou à terme l’industrie automobile, elle va aussi générer des filières et des emplois nouveaux, que ce soit dans la rénovation des bâtiments pour en améliorer l’efficacité énergétique, dans la production de matériaux isolants, dans les transports ou dans les énergies renouvelables, mais aussi dans les secteurs de l’industrie classique. L’évolution des modes de consommation avec le développement de la réparation, de l’économie circulaire ou du recyclage va également contribuer à la création d’emplois de proximité (pérennes et non délocalisables). La question est donc de savoir si le solde entre les pertes et les créations sera positif. Des projections difficiles à établir et qui reposent donc sur des méthodologies et des scénarii qui peuvent varier d’une étude à l’autre. Mais ces études - à lire pour en savoir plus (liens ci-dessous) - apportent aujourd’hui des réponses affirmatives à cette question.
  
C’est le cas, par exemple, de l’étude de l’ADEME qui  montre que la transition énergétique serait bénéfique à la croissance, à l’emploi et aux investissements (voir l’interview de Gaël Callonec). Selon cette étude, la transition générerait 330 000 emplois en 2030 et 825 000 en 2050. Une autre étude, réalisée par le Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement (CIRED), chiffre un effet positif sur l’emploi de + 240 000 emplois en 2020 et + 630 000 en 2030. L’impact de la transition énergétique devrait être particulièrement fort dans le bâtiment grâce à un programme de rénovation thermique mais aussi dans l’énergie. Les énergies renouvelables  sont en effet plus intensives en emplois que le nucléaire ou les énergies fossiles. Autre impact attendu de la transition : « l’effet induit sur l’emploi ». L’une des conséquences de la transition sera la réduction progressive des importations d’énergies fossiles (60 milliards en 2012), une économie qui pourra - une fois déduits les investissements nécessaires à la transition - être réinjecté en partie dans l’économie sous la forme de « pouvoir d’achat », donc créer de l’activité et de l’emploi et de plus réduire notre déficit commercial.


Cette lettre n°9 sur la transition énergétique a été réalisée dans une perspective franco-allemande grâce à l'aide précieuse de Babette Nieder, conseillère spéciale du maire de Herten, Ruhr.
Le dossier législatif de la loi de transition énergétique (projet de loi, étude d'impact...)
L'étude du CIRED
Le site de Claudia Kemfert
Lyon Confluence
L'étude de l'ADEME
 credit photo Mike Kiev - Fotolia
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La lettre e.Mutécos est éditée par Mutécos/Contrôle général économique et financier. Directeur de la publication: Jean-François Poyau. Rédactrice en chef : Line Hoang. Conception, réalisation et routage : Aphania pour le Sircom. Copyright Mutécos/Contrôle général économique et financier. Tous droits réservés. Reproduction autorisée sous réserve d'en informer Mutécos et de mentionner la source. Conformément à la loi 2004-801 du 6 août 2004 (...) modifiant la loi 78-17 du 6 janvier 1978, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données qui vous concernent. Pour l'exercer, adressez-vous à Mutécos/Contrôle général économique et financier, 67 rue Barbès, 94201 Ivry-sur-Seine Cedex ou par courriel : contact-emutecos@kiosque.bercy.gouv.fr